
Publié à 11 h 00
Kareem Copeland
The Washington Post
(Miami) Skylar Diggins-Smith, six fois membre de l’équipe d’étoiles de la WNBA, driblait calmement en remontant le côté gauche du terrain. Soudain, elle s’est élancée, puis a coupé derrière Napheesa Collier, qui faisait écran devant DiJonai Carrington, en défense. Quand cette dernière a reculé avec Collier, Diggins-Smith a bondi pour lancer derrière l’arc de cercle.
S’il y avait des doutes sur la compétitivité de la nouvelle ligue de basketball Unrivaled, ils ont été balayés à cet instant. Diggins-Smith a sautillé de joie quant le ballon est passé dans le panier, dodelinant de la tête, la langue sortie et les bras en l’air, rejointe par ses coéquipières pour la brève célébration.
Elle a fait un crochet vers la ligne de touche, criant après les 850 spectateurs du nouvel aréna Wayfair, construit aux normes de la ligue. Elle a saisi son maillot à deux mains et l’a agité devant la foule qui a rugi si fort que ce que Diggins-Smith criait était inaudible.
Ambiance et compétitivité
« Je ne peux pas répéter ce qui est sorti de ma bouche », a déclaré Diggins-Smith, expliquant qu’elle avait entendu quelques gérants d’estrade lui dire quoi faire pendant tout le match. « Je me suis dit : “Oh, ces gens-là ne savent pas de quel bois je suis faite.” Nous ne sommes probablement pas l’équipe la plus cordiale », a dit Diggins-Smith au terme du match inaugural de la nouvelle ligue trois contre trois, qui a débuté par deux matchs le 17 janvier dernier dans un studio de production réaménagé, à l’ouest du centre-ville de Miami.
Je pense que je suis née compétitive. Je sais qu’en arrivant ici, tu fais mieux d’être compétitive, autrement tu vas manger une volée.
Skylar Diggins-Smith
La ligue donne aux vedettes de la WNBA des occasions de jouer pendant l’intersaison ; elle compte 6 équipes et 36 joueuses.
Diggins-Smith et les Lunar Owls ont gagné contre le Mist, 84-80.
PHOTO MARTA LAVANDIER, ASSOCIATED PRESS
L’ambiance n’était décidément pas celle d’un match des Étoiles. Les joueuses ont joué dur, été hargneuses en défense et joué pour gagner. Chelsea Gray (à droite), du Rose BC, a écopé d’une faute sur ce jeu en défendant trop agressivement contre Rhyne Howard, du Vinyl.
Aréna intime, jeu relevé
L’aréna est intime et les joueuses résident toutes à proximité, ce qui favorise la fraternisation. On dirait la bulle de la WNBA pendant la pandémie, disent certaines joueuses. Il n’y a pas que des avantages : parlez-en à Chelsea Gray, six fois joueuse étoile et trois fois championne de la WNBA. Son équipe Rose BC a perdu 79-73 contre le Vinyl lors du deuxième match vendredi.
« Je n’aime pas ça, a dit Gray. Je pensais que ça irait, mais ça ne va pas. On verra. La compétitrice en moi n’aime pas ça. Je vais probablement mettre mes écouteurs. »
Les couleurs sarcelle et violet de la ligue sont omniprésentes dans l’édifice. Les écrans vidéo vont du sol au plafond. Breanna Stewart, l’une des fondatrices de la ligue, portait des baskets Puma Stewie 3 toutes violettes.
Après deux ans de labeur, la ligue – un modèle unique qui donne des parts aux joueuses – a enfin démarré avec des matchs diffusés par TNT, TBS et Max.
« Pour faire quelque chose que les gens considèrent comme un peu fou, il faut probablement être un peu fou », explique le PDG d’Unrivaled, Alex Bazzell, qui est marié à Napheesa Collier.
Chez nous, le mot d’ordre est que s’il y a un problème, qu’est-ce qu’on fait pour le régler ? Alors, c’est ce qu’on a fait.
Alex Bazzell, PDG d’Unrivaled
« Il s’agissait de déterminer les changements dont les athlètes avaient besoin. Et en sachant ça, si on bâtissait correctement, le reste se mettrait en place en conséquence. »
Le match inaugural avait l’ambiance d’une première. La veille, il y avait encore des outils et des matériaux entassés dans une pièce adjacente au terrain. On entendait parfois le son d’une perceuse en arrière-plan. Mais vendredi, cette pièce était devenue la boutique, avec un bar circulaire bien en vue entre les objets promotionnels et le court. Les murs étaient couverts des logos des six équipes : Lunar Owls Basketball Club, Mist, Laces, Rose, Vinyl et Phantom.
Un drone-vidéo survolait le terrain. Deux investisseurs dans la ligue étaient là. Quand Steve Nash est apparu à l’écran, des applaudissements tardifs ont suivi. Mais pour Alex Morgan, les applaudissements ont été instantanés.
Dans l’assistance se trouvaient aussi de nombreux dignitaires de la WNBA, joueuses, entraîneures et entraîneurs et dirigeants, y compris Nneka Ogwumike, joueuse par excellence en 2016 et neuf fois joueuse étoile. Les joueuses s’arrêtaient régulièrement pour prendre des photos avec elle. Terri Jackson, directrice de l’Association des joueuses de la WNBA, et une poignée d’agents étaient aussi présents.
« C’est une aventure incroyable », a souligné le commissaire Micky Lawler, ancien président de la Women’s Tennis Association. « Le transfert de la valeur aux athlètes est crucial. C’est un moment historique, une étape que nous n’oublierons jamais. J’ai participé à un tel évènement une fois dans ma vie, et il a changé l’orientation de générations de femmes. »
PHOTO BRITTANY PETERSON, ASSOCIATED PRESS
Aaliyah Edwards, du Mist (3), s’interpose devant Napheesa Collier (24), des Lunar Owls.
Rémunération, équipements et installations sont souvent des domaines où le sport féminin est en retard sur le sport masculin. Changer fait partie des objectifs de la ligue. Les joueuses ont fait l’éloge de la garderie, des salles de musculation modernes, des soins médicaux, de l’entraînement, de l’accès au gym 24 heures sur 24. Interrogé sur les salaires des joueuses, Bazzell n’a pas répondu. Ils sont estimés à environ 100 000 $, mais toutes ne sont pas payées également.
Le jeu sur le terrain était rapide et agressif et mettait en valeur les aptitudes individuelles. L’ambiance n’était décidément pas celle d’un match des Étoiles. Les joueuses ont été hargneuses en défense et ont joué pour gagner.
Samedi, Kayla McBride, garde des Lynx du Minnesota, a reçu la première faute technique de la ligue ; Brittney Sykes, garde des Mystics de Washington, a reçu la deuxième après s’être disputée avec un officiel.
La star du Storm de Seattle, Jewell Loyd, meneuse de la WNBA en 2023, a marqué 30 points pour le Mist lors du premier match. Le public a crié d’admiration quand Carrington s’est élancée et a bloqué un tir déposé de Courtney Williams. Les deux joueuses se sont souri et ont échangé quelques mots en remontant le parquet. Il y a eu un autre rugissement lorsque Loyd a bloqué sur l’anneau du panier un tir de Diggins-Smith, puis mené une charge rapide dans l’autre direction.
Loyd, qui a demandé à être échangée par le Storm de Seattle, a déclaré que jouer dans cette ligue est un soulagement.
« Il n’y a pas d’autre option que d’aller voir ailleurs, de se faire voir ailleurs, a-t-elle dit. Je retrouve la paix. Je retrouve la joie de jouer au basket. C’est la chose la plus importante pour moi. »
« Jouer dur. C’est ce que je veux faire. Être entourée de mes coéquipières a vraiment allumé en moi une flamme que je n’avais pas ressentie depuis un certain temps. C’est génial de venir sur le terrain et d’avoir de la joie », a-t-elle ajouté.
Le terrain de 49,2 pieds sur 72 pieds donne beaucoup d’espace, contrairement au demi-terrain utilisé pour les matchs trois contre trois aux Jeux olympiques. Il permet des échappées rapides et le jeu de transition.
Le nombre de vedettes contribue à l’attrait de la ligue. Sur les 36 joueuses, 15 font partie de l’équipe d’étoiles 2024 de la WNBA et 9 sont des olympiennes, rentrées de Paris avec la médaille d’or. Pas moins de 22 des 36 joueuses ont été nommées dans l’équipe d’étoiles au moins une fois et 7 ont été des premiers choix au repêchage.
« C’est le meilleur moment de travailler ses compétences individuelles contre les meilleures des meilleures », note Angel Reese, attaquante du Sky de Chicago. « Je joue tous les soirs contre les meilleures des meilleures. »
La fin de semaine s’est poursuivie avec deux autres matchs samedi, puis deux autres lundi. Le PDG d’Unrivaled, M. Bazzell, ressentait de la fierté. Le jeu a été relevé et la foule a participé bruyamment chaque soir. La file d’attente était longue au comptoir des produits dérivés.
« C’était tout ce qu’on espérait », a déclaré Napheesa Collier.
Ce texte a été publié dans le Washington Post.
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