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Prodige annoncé depuis l’adolescence, Rayane Bounida fait aujourd’hui partie des jeunes joueurs les plus scrutés en Europe. Mais derrière ses dribbles et ses statistiques précoces, quelle sélection choisira le milieu offensif de l’Ajax ? Né en Belgique, d’origine marocaine par ses parents, le joueur incarne parfaitement la nouvelle génération binationale, au cœur d’enjeux sportifs et identitaires majeurs.
Phénomène de précocité et star des réseaux
Bien avant ses débuts professionnels, Rayane Bounida (19 ans) était déjà un nom familier pour les amateurs de joueurs à fort potentiel. À seulement huit ans, ses vidéos publiées sur YouTube lorsqu’il évoluait à Anderlecht avaient fait le tour des réseaux sociaux. Contrôles orientés, enchaînements techniques, aisance balle au pied : le jeune Belge impressionnait par une maîtrise rarissime pour son âge. Comme Kylian Mbappé en France, Bounida a grandi sous le regard permanent du public numérique dans le ”plat pays”
Ces médiatisations ultra-précoces, devenues récurrentes depuis l’avènement des réseaux sociaux sont à double tranchant. Le statut qu’elles confèrent est valorisant mais aussi piégeux, tant l’histoire du football regorge de prodiges juvéniles qui n’ont jamais confirmé au plus haut niveau, dont un certain Hachim Matsour, également d’origine marocaine.
Mais jusqu’à présent, Bounida semble rester concentré.
Les débuts remarqués de Rayane Bounida avec l’Ajax
En effet, après s’être illustré avec les catégories de jeunes d’Anderlecht, il a rejoint en 2022 l’Ajax Amsterdam, référence européenne en matière de formation. Dans un environnement réputé pour développer les profils techniques, le joueur a affiné son jeu et découvert progressivement les exigences du football professionnel.
© Iconsport
Ses performances récentes en Eredivisie sont prometteuses. Décisif, créatif, souvent spectaculaire, il s’impose par sa capacité à éliminer, à créer des différences dans les petits espaces et à accélérer le jeu.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : après une brève apparition en équipe première la saison passée, il a vu son temps de jeu grimper au cours des derniers mois (19 matchs joués en 2025-2026) et est déjà l’auteur d’un but, de quatre passes décisives et d’une influence croissante dans le jeu ajacide.
Rayane Bounida, un talent d’origine marocaine
Rayane Bounida est né à Vilvorde, en Belgique néerlandophone. Il grandit dans un contexte multiculturel classique du football moderne. D’origine marocaine par ses parents, il possède la double éligibilité sportive, une situation devenue presque banale dans le football international actuel.
Ce profil alimente logiquement les débats. La Belgique, historiquement attractive pour les jeunes talents, fait désormais face à une concurrence nouvelle. Plusieurs binationaux ont récemment opté pour des sélections africaines, dont le Maroc, porté par une dynamique sportive et symbolique très forte.
Le cas Bounida s’inscrit dans cette évolution structurelle.
International belge chez les jeunes : avantage Diables Rouges ?
Sur le plan international, Rayane Bounida porte les couleurs belges depuis les U16 et est actuellement international Espoirs avec les Diables Rouges.
Longtemps, ce parcours signifiait quasi automatiquement une continuité vers l’équipe A. Aujourd’hui, la logique est moins mécanique. Les joueurs binationaux assument davantage des choix fondés sur l’identité, la projection sportive ou le sentiment d’appartenance. Chemsedine Talbi ou encore son ami d’enfance Bilal El Khannouss en sont de bons exemples…
La Belgique conserve néanmoins des arguments solides : infrastructures, visibilité, tradition compétitive.
Le Maroc en embuscade
Du côté marocain, l’intérêt est évident. Plusieurs rumeurs ont évoqué une possible ouverture du joueur vers les Lions de l’Atlas. En janvier, le journaliste belge Sacha Tavolieri a notamment affirmé sur son compte X que le joueur pencherait davantage vers le Maroc.
🇲🇦 Il semble que le vent ait tourné pour Rayane Bounida…
👀 Proche de la génération El Khannouss & cie, le Bruxellois a souvent fait part de sa préférence pour les Lions de l’Atlas en coulisses.
🇧🇪 Si la FRMF concrétise une approche, les Diables Rouges pourraient perdre un… pic.twitter.com/NxRDXTQe7d
— Sacha Tavolieri (@sachatavolieri) January 27, 2026
Par ailleurs, une photo de Bounida prise en juin 2024 aux côtés de Brahim Diaz, qui était vêtu du survêtement des Lions de l’Atlas, est très relayée sur les réseaux sociaux. Mais ce type d’élément visuel reste difficilement interprétable. L’exemple de Lamine Yamal, aperçu avec un maillot marocain en 2022 avant de poursuivre avec l’Espagne, rappelle la prudence nécessaire.
Brahim Abdelkader Diaz x Rayane Bounida 🇲🇦 pic.twitter.com/YC9XOV8ZwX
— 🇲🇦 𝐄𝐥 𝐌𝐚𝐳𝐢𝐧𝐡𝐨 (@Mocrocito) June 9, 2024
La logique du « choix du cœur »
Interrogé sur le cas Bounida, l’ancien international belge Toby Alderweireld (127 sélections) a insiste sur une idée simple : un choix de sélection ne doit pas être dicté par l’opportunité ou le calcul du temps de jeu, mais par le ressenti personnel du joueur… le choix du coeur en somme.
“Il ne faut pas considérer cela comme une simple étape de carrière, mais faire un choix en fonction de son ressenti. S’il se sent plus marocain que belge, alors il doit jouer pour le Maroc. Mais il ne doit surtout pas baser son choix sur le temps de jeu qu’il pourrait obtenir ici ou là“, a plaidé l’ex-taulier de La Défense des Diables Rouges.
De son côté, la Fédération belge, qui a annoncé vouloir changer drastiquement sa stratégie pour éviter de perdre d’autres binationaux qu’elle a formé, pourrait passer à l’action rapidement afin de ”bloquer” le joueur. Il ne serait donc pas surprenant de voir Bounida appelé dans une des deux sélections dès la trêve de mars.
S’il n’a ”que” 19 ans, Rayane Bounida ne devrait donc pas bénéficier du luxe du temps pour faire son choix très longtemps. La rançon de la précocité…


