Le bonheur a enfin frappé à la porte de la RDC. Les larmes de tristesse et les cris de détresse que poussaient les Congolais à chaque campagne, ont passé le flambeau à une allégresse totale, une liesse nationale au rythme de la prouesse des Léopards à Guadalajara. Le Grand Congo signe son retour à la Coupe du Monde 52 ans plus tard.
Une réussite et un exploit à mettre à l’actif du sélectionneur Sébastien Desabre et ses joueurs. Mais il est également l’aboutissement d’un vieux projet porté avec audace par une génération qui avait décidé d’y croire un peu plus tôt.
La génération Mulungé menée par Florent Ibenge et dont Chancel Mbemba et Cédric Bakambu étaient déjà la colonne vertébrale. Comme le disent les Saintes Écritures: « Paul a planté et Apollos a arrosé », Florent Ibenge a ressuscité le rêve du Mondial, posé des bases, et Sébastien Desabre est venu construire et achever.
Youssouf Mulumbu, le précurseur
Si l’on parle des pionniers de cet ambitieux projet, le nom de Youssouf Mulumbu doit naturellement être cité. Il a choisi de représenter le pays tôt, et y a cru quand tout était informe et vide. En 2011, il annonçait même sa retraite internationale avant de revenir en 2012, et participer à la construction d’un édifice qu’il voulait solide et durable. D’autres joueurs le suivent sur ce chemin: Cédric Mongungu, Cédric Mabwati, Larrys Mabiala, Yannick Bolasie… Cependant, le système à la FECOFA est défaillant, sans une vision claire pour faire réussir l’équipe.
Florent Ibenge, architecte d’un bonheur futur
À la qualification des Léopards, il faut reconnaître une pierre posée en 2015 par Florent Ibenge. Comme l’architecte d’un bonheur futur mais dont il n’aura pas la chance de jouir du fruit, il était alors à la tête d’une génération obsédée par le retour de la RDC à la Coupe du Monde.
Au lendemain de la médaille de bronze arrachée à la Coupe d’Afrique des Nations 2015, Florent Ibenge se lance dans une quête difficile des joueurs binationaux, soutenu par son bras droit Youssouf Mulumbu.
Les premières cibles
Sur la première liste d’après-CAN, on retrouve pour la première fois des noms comme Joël Kiassumbua, Jordan Ikoko, Presnel Kimpembe, Chris Mavinga, Cédric Bakambu, Fabrice N’sakala, Dieumerci Ndongala.
Seulement peu de joueurs répondront à cet appel pour le stage à Dubaï, c’est le cas de Joël Kiassumbua, Chris Mavinga, Fabrice N’sakala… C’est le début de quelque chose, le signal est donné, le Congo veut reconstruire avec ses fils de partout.
Cédric Bakambu, le tournant !
Cédric Bakambu accepte de représenter la RDC en mars 2015, mais il honorera sa première en juin 2015 lors d’un match amical contre le Cameroun, en Belgique. En septembre 2015, il joue son premier match officiel contre la RCA au Stade des Martyrs. Il venait de signer son contrat à Villarreal. 11 ans plus tard, il est encore là, plus investi que jamais.
Son parcours en sélection est fait de hauts et de bas. Souvent critiqué quand l’équipe ne gagne pas ou quand il ne marque pas, il décide en 2022 de mettre en pause sa carrière internationale, mais sans renoncer à son rêve de réussir avec les Léopards qu’il retrouvera d’ailleurs quelques mois après.
L’arrivée de Cédric Bakambu en sélection a été un grand tournant. Elle a changé beaucoup de choses sportivement, crédibilisé le projet de la fédération alors porté par Florent Ibenge. La sélection a commencé à rayonner avec lui. Ainsi, Paul-José Mpoku, Jordan Ikoko, Marcel Tisserand, Jordan Botaka, autre Benik Afobe ont également rejoint le projet. Et le rêve de jouer le Mondial a vu le jour.
Yannick Bolasie, le TGV stoppé en pleine course
L’attaquant de Chapecoense n’a jamais pris sa retraite internationale, il ne rentre pas dans les plans de Sébastien Desabre. Devenu supporter infatigable des Léopards comme on le voit sur ses réseaux sociaux, Yannick Yala Bolasie a joué aussi sa partition dans ce projet abouti.
En 2014 et 2016, il fait le bonheur de la sélection congolaise dont il était la tête d’affiche. Joueur imprévisible, dribbleur affirmé, et cauchemar pour les défenses adverses. À Crystal Palace, il était inarrêtable, allant jusqu’à inventer des gestes techniques qui défilent encore aujourd’hui dans la mémoire des amoureux de la Premier League.
À l’été 2016, Yannick Bolasie signe à Everton et atteint son prime, réalisant des débuts impressionnants en Premier League aux côtés du belgo-congolais Romelu Lukaku. Mais le TGV sera stoppé en pleine course par une blessure aux ligaments croisés. Éloigné du terrain pendant plus d’un an, il reviendra techniquement réduit sans jamais retrouver son niveau d’avant-blessure.
De Kebano à Tisserand, le mur se fortifie
À 22 ans, et alors qu’il pouvait attendre la France, Neeskens Kebano choisit de représenter la RDC en 2014. Pour son premier match officiel avec les Léopards, il marque les esprits à Abidjan. Sans doute l’un des grands artisans de cette victoire mémorable (4-3) des Léopards contre la Côte d’Ivoire. Victoire qui les qualifie plus tard à la CAN 2025. Neeskens Kebano est très précieux pour ce projet, un joueur d’équipe, un talent qui fait basculer les rencontres comme en quart de finale de la CAN 2015 face au Congo d’en face.
Les arrivées ensuite de Paul-José Mpoku en 2015, et Marcel Tisserand en 2016, et Gaël Kakuta en 2017, Britt Assombalanga en 2018, donnent de l’épaisseur au projet et déclenchent une nouvelle génération. À cette génération vont se greffer Samuel Moutoussamy en 2019, Yoane Wissa en 2020, sans oublier des joueurs formés au pays comme Nathan Idumba Fasika et Henock Inonga en 2020, Fiston Mayele en 2021.
Chancel Mbemba, l’intergénérationnel
Le défenseur de Lille vient de loin avec son équipe nationale. Il est là depuis 2012, il a traversé des générations sans perdre sa constance. C’est le fidèle des fidèles, il n’a jamais fait de pause en sélection, ni triché avec une blessure pour ne pas répondre à une convocation. Il joue tous les matchs avec la même énergie et détermination. Le seul avec Bakambu à avoir vu ce projet naître et à y avoir contribué jusqu’à son aboutissement. Pionnier et artisan, Mbemba est un symbole pour la génération passée, pour l’actuelle et il sera un exemple pour celle qui viendra.
Si proche du but en 2017
Le projet “En route vers la Coupe du Monde” était sur le point se matérialiser en 2017. Les Léopards ont atteint le pic de performances. Une période où ils sont devenus quasi-injouables, où tous les rêves étaient évidemment permis, surtout celui de la Coupe du Monde. Tout allait bien jusqu’à ce soir tragique du 5 septembre 2017. Les Congolais menaient la Tunisie par 2-0 dans un match décisif pour la première place du groupe. Le poids de l’enjeu est énorme, le public, lui, a répondu présent comme toujours. Chancel Mbemba ouvre le score à la 9e minute, Paul-José Mpoku double la mise deux minutes après la pause. Scénario parfait pour mieux espérer.
La Tunisie est engloutie par l’ambiance du Stade des Martyrs. Les hommes de Florent Ibenge, en confiance doivent tenir l’avance. C’était la mission la plus difficile. Les portes du Mondial semblaient pourtant ouvertes, car après ce match, il ne resterait qu’à affronter la Libye et la Guinée pour décrocher le billet pour la Russie. Comme un coup du sort, les coéquipiers de Rémi Mulumba craquent littéralement dans le dernier quart d’heure et encaissent deux buts mortels des Tunisiens. Ce match attendu pour être une soirée de fête vire à la catastrophe, un nul 2-2, une clim improbable pour le public au stade et tous les Congolais.
Un choc aux cicatrices ineffaçables
Le moral de l’équipe prit un coup irréparable après ce match. En 3 minutes, la Tunisie a écroulé tout le mur de la confiance congolaise, un terrible choc psychologique dont les Léopards ne se relèveront pas sous Florent Ibenge. C’est de là aussi, que les résultats de l’équipe commencent à décliner. La nation a entretenu son espoir du Mondial mais impossible de l’atteindre sous l’ère Ibenge dont les méthodes se sont usées au fil du temps. En 2019, il décide de partir, laissant derrière lui une belle histoire, une équipe vivante et un fondement sur lequel ont construit ses successeurs (sauf peut-être Hector Cuper qui en a détruit les bases).
L’attente de la lumière
Les Léopards sont alors contraints d’attendre, attendre leur tour sans savoir quand arrivera-t-il… Mais comme toujours un espoir prolongé s’enlise et celui qui espère longtemps finit par lâcher bride, abandonner le projet entre les mains de « quand Dieu voudra ». C’est le reflet intime de ce qu’engendra l’échec en éliminatoires de la Coupe du Monde 2017.
Il n’y avait plus assez de force pour y croire. La petite énergie gardée est vite éteinte par le Maroc en 2022. C’est justement là qu’un homme est trouvé, pour servir non pas de témoin à la lumière qui doit renaître des entrailles des Léopards, mais de porteur. Cet homme c’est Sébastien Desabre.
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