Crédit photo : Wikimedia Commons, auteur MFonzatti (CC BY-SA 4.0)
Les deux sélections africaines les plus attendues du Mondial 2026 ont publié leurs effectifs à la fin du mois de mai. Au-delà des stars, ce sont les retours, les absents et les paris des sélectionneurs qui dessinent les véritables intentions. Lecture.
Le fait : deux listes, deux signatures
Maroc — la liste des 26 (sélectionneur : Mohamed Ouahbi)
Selon les annonces relayées par ESPN et Al Jazeera fin mai 2026, Achraf Hakimi (PSG) mène une liste marocaine où neuf joueurs sont issus du groupe demi-finaliste du Qatar 2022. À ses côtés en défense : Nayef Aguerd (Marseille), Noussair Mazraoui (Manchester United), Chadi Riad (Crystal Palace), Issa Diop (Fulham). Au milieu, Sofyan Amrabat (Real Betis), Azzedine Ounahi (Girona), Bilal El Khannouss (Stuttgart) et le jeune Neil El Aynaoui (Roma). En attaque, la présence de Brahim Díaz (Real Madrid) confirme la stabilisation de l’option binationale née à Bernabéu.
L’absence la plus commentée : Youssef En-Nesyri, longtemps avant-centre titulaire des Lions de l’Atlas. Le choix de Mohamed Ouahbi, sélectionneur intérimaire devenu titulaire après le départ de Walid Regragui en début d’année, n’a pas surpris les observateurs proches de la FRMF, mais il marque une rupture symbolique.
Sénégal — la liste provisoire de 28 (sélectionneur : Pape Thiaw)
Côté sénégalais, Sadio Mané (Al-Nassr) retrouve la Coupe du Monde qu’il avait dû abandonner avant le coup d’envoi à Doha pour une blessure au péroné. Autour de lui, l’ossature reste connue : Kalidou Koulibaly (Al-Hilal), Édouard Mendy (Al-Ahli), Idrissa Gana Gueye (Everton), Pape Matar Sarr (Tottenham), Ismaïla Sarr (Crystal Palace). La génération qui a porté le Sénégal au sacre continental de 2022 est encore là.
Mais Pape Thiaw, sélectionneur depuis 2024, a aussi tranché. Il appelle Nicolas Jackson (Bayern Munich), Habib Diarra (Sunderland), Lamine Camara (Monaco), Bara Ndiaye (Bayern Munich), El Hadji Malick Diouf (West Ham) et Iliman Ndiaye (Everton) — autant de joueurs qui n’avaient pas le statut de titulaires en 2022. La liste compte 28 noms ; elle devra être réduite à 26 avant la deadline FIFA. Les coupes finales diront beaucoup du projet de jeu sénégalais.
La lecture : trois enseignements
1. Le Maroc capitalise, le Sénégal renouvelle
Les deux sélections abordent le Mondial 2026 avec des philosophies inversées. Pour Mohamed Ouahbi, la priorité a été la continuité avec 2022, en réintégrant l’expérience demi-finaliste tout en injectant trois ou quatre profils émergents. Pour Pape Thiaw, la logique est plus risquée : renouveler le couloir gauche, le milieu de récupération et l’attaque en s’appuyant sur des joueurs qui sortent d’une saison de Premier League ou de Bundesliga, mais qui n’ont jamais joué un Mondial.
Cette différence de doctrine n’est pas anecdotique. Les sélections africaines qui ont historiquement perdu au Mondial sur des détails — Ghana 2010, Sénégal 2018, Maroc 2018 — ont souvent payé un déficit d’expérience à des moments-clés. Le Maroc 2022 avait gagné parce qu’il avait construit son collectif sur quatre ans. Le Sénégal 2026 fait un pari plus court : convaincre des nouveaux venus de jouer comme des anciens en trois semaines de stage.
2. La présence saoudienne s’enracine
Quatre titulaires probables des deux listes évoluent en Saudi Pro League : Hakimi a quitté l’Espagne pour rester en Europe, mais Bounou (Al-Hilal), Koulibaly (Al-Hilal), Mendy (Al-Ahli) et Mané (Al-Nassr) sont basés dans le Golfe. Ce qui était une exception en 2018 est devenu une norme. La question que personne n’a encore tranchée : que vaut, à 32-34 ans, un rythme de Saudi Pro League face à des attaquants français, brésiliens ou anglais en pleine forme ? Le Mondial 2026 sera le premier vrai test grandeur nature.
3. Le statut de capitaine, un sujet à part
Hakimi reste le capitaine incontesté du Maroc. Côté Sénégal, la question est plus ouverte : Mané est le symbole, Koulibaly est l’aîné, Gana Gueye est le métronome. Pape Thiaw devra trancher publiquement avant le premier match. Les vestiaires africains, plus que d’autres, supportent mal l’ambiguïté sur ce poste.
La perspective : deux groupes très différents
Le Maroc affrontera le Brésil, Haïti et l’Écosse dans le groupe C. C’est un calendrier qui permet d’imaginer une qualification crédible pour les huitièmes, à condition de ne pas s’effondrer face aux Sud-Américains. Le Sénégal, lui, hérite du groupe I avec la France, la Norvège et un vainqueur de barrage. C’est, sur le papier, le groupe le plus dur pour une sélection africaine. La revanche symbolique de 2002 attend les Lions, mais en face il y a Mbappé, Saliba, Camavinga — et un Didier Deschamps qui s’est très bien préparé.
Deux listes, deux groupes, deux paris. Le Mondial dira si la stabilité marocaine vaut mieux que l’audace sénégalaise, ou si l’inverse. Pour l’heure, ce que ces deux feuilles d’effectif disent surtout, c’est que l’Afrique de l’Ouest et du Nord arrive en 2026 avec des plans, pas des espoirs.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 1er juin 2026


