
C’est samedi soir que ça se passe. Sept ans après que le Canadien l’eut froidement laissé partir, Andrei Markov remettra les pieds au Centre Bell pour une première fois.
Publié à 16 h 03
« C’est assez excitant. C’est pourquoi j’ai amené mon plus jeune fils. Je voulais lui montrer à quoi ça ressemble, un vrai match de hockey, avec l’atmosphère », a expliqué Markov à La Presse, dans une entrevue au festival Hobby, au Palais des congrès, à quelques heures du match Capitals-Canadien.
Ce sera toutefois un retour discret, à son image. Il y sera en simple spectateur. Pas de présentation sur glace, pas d’hommage, pas d’adresse au micro. On nous disait toutefois que jusqu’à samedi après-midi, le Canadien travaillait fort dans les coins pour qu’il accepte d’être au moins présenté à l’écran géant. Markov reste d’ailleurs évasif quand on lui demande s’il sera assis dans les gradins parmi les spectateurs, ou dans une loge. « Je ne le sais pas. J’ai des billets. J’espère juste trouver mon siège ! »
Celui qui a joué 990 matchs avec le Tricolore n’a toujours pas eu droit à un hommage depuis son départ. En souhaite-t-il un ? « Ce n’est pas ma décision. Peu importe ce qui arrivera, je ne suis pas fâché. »
PHOTO ANDRE PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Andrei Markov dans l’uniforme du Canadien en 2017
En toute logique, le Canadien lui en ferait bien un, et le départ de Marc Bergevin, celui avec qui le torchon a brûlé au terme des négociations, éviterait tout malaise. Markov, lui, assure ne plus en vouloir à l’organisation.
« J’ai tourné la page il y a longtemps et je n’ai aucun regret. J’ai eu une belle carrière, j’ai passé la majorité de ma carrière à Montréal. Je suis un homme chanceux. »
Markov en sera à une première visite au Centre Bell depuis le 20 avril 2017, dans ce qui était le cinquième match d’une série Canadien-Rangers au premier tour. New York l’avait remporté 3-2 en prolongation, avant d’éliminer le Tricolore deux jours plus tard, et ainsi mettre fin — on ne le savait toutefois pas sur le moment — à sa carrière dans la LNH.
Homme de peu de mots
Ils étaient des dizaines, samedi midi, à faire la file pour rencontrer l’homme de 45 ans. Avec chaque partisan, une routine semblable : des salutations polies, un ou deux autographes sur un chandail, une photo, une rondelle ou autre article de collection. Puis, Markov se lève de sa chaise le temps d’une photo.
PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
Andrei Markov avec un partisan au festival Hobby, au Palais des congrès
« Ça coûtait 40 $. Ce n’est vraiment pas très cher pour ce genre d’athlète », a fait valoir Dominic, un partisan qui venait de faire signer un vieux chandail d’entraînement du Canadien.
Justin Divito, lui, portait un chandail numéro 79, qu’il a fait autographier. « C’était ce à quoi je m’attendais, très peu de mots. Mais c’est sa personnalité. C’était short and sweet », estime le partisan, enchanté.
Jean-François Charron portait lui aussi un chandail bleu-blanc-rouge de Markov. « Je lui ai dit qu’il était mon joueur préféré et je dirais qu’il a plus acquiescé qu’autre chose ! », lance-t-il en riant.
Des propos qui nous mènent tout droit dans le paradoxe ambulant que représente Andrei Markov. Il demeure un homme de peu de mots et le flou entourant son retour au Centre Bell va dans ce sens.
Mais c’est aussi un joueur que l’on disait taciturne, qui a tout de même passé toute sa carrière au sein de l’équipe la plus médiatisée de la LNH, longtemps en tant que défenseur numéro 1, même s’il aurait pu profiter de l’autonomie pour filer dans un marché moins mercuriel. Un joueur qui évitait les projecteurs, mais qui s’est lié d’amitié avec celui qui ne demandait que ça, les projecteurs, P.K. Subban. Markov nous dira d’ailleurs que Subban est le seul ancien coéquipier avec qui il garde régulièrement contact.
Le voici en ville depuis environ une semaine.
Je marche dans la rue et les gens me reconnaissent encore. C’est flatteur. Ça veut dire que tu as fait de quoi pour l’équipe, pour la ville.
Andrei Markov
— Tu es à ton aise quand les gens t’arrêtent dans la rue, malgré ta personnalité ?
— Oh, je suis différent maintenant ! Je n’ai plus à me concentrer sur le hockey. C’est important d’en profiter parce qu’un jour, les gens ne vont plus te reconnaître.
Futur entraîneur ?
Il dit mener aujourd’hui une vie bien rangée, en banlieue de Moscou, à notamment s’occuper d’Alex, le plus jeune de ses cinq enfants, qui fêtera bientôt ses six ans. « J’essaie de passer du temps avec les enfants. Le plus jeune commence à patiner. Les entraînements sont tôt, on se lève à 6 h. Ensuite, je le dépose à la maternelle, et je vais les chercher à l’école à la fin de la journée. »
Il a touché au coaching pendant une saison en KHL. « Je m’y remettrai peut-être un jour. Mais en ce moment, je n’en ressens pas le désir. J’aime ma vie. Mon plus jeune va gober toute mon énergie. »
PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
Andrei Markov
Le métier de dépisteur ne semble guère l’attirer non plus. « Je n’assiste pas à beaucoup de matchs de la KHL, peut-être trois ou cinq par année. J’y vais quand je dois rencontrer quelqu’un, ou quand ma femme me pousse à y aller. Il y a beaucoup de trafic à Moscou, je n’aime pas ça. »
Il n’a donc pas vu à l’œuvre l’espoir du Canadien Ivan Demidov, lorsque ce dernier est venu jouer dans la région moscovite avec le SKA de St. Petersbourg. « Il commence à jouer dans la KHL. Il était dans le junior avant. Donc j’imagine que tu veux que je te dise de quoi sur lui ? », demande-t-il en riant.
Si le Canadien l’a repêché si haut, c’est qu’il est bon, il a du talent, il doit y travailler.
Andrei Markov, au sujet d’Ivan Demidov
En étant à Montréal cette semaine, il a pu observer Lane Hutson à la télévision. « Je ne l’avais jamais vu avant d’arriver ici. Il est pas mal bon, c’est un bon patineur, il bouge bien. J’ai hâte de le voir ce soir en direct. »
Le festival Hobby se poursuivra dimanche au Palais des congrès. Pour les amateurs de sport, Kaiden Guhle et Samuel Montembeault y seront, de même que l’ancien joueur Chris Nilan, et les anciens Expos Bill Lee et Ellis Valentine.


