Historiquement qualifiées pour une deuxième Coupe d’Afrique des Nations consécutive, les Comores confirment leur ascension dans le football africain. Entre ambition, stabilité et développement local, le président de la Fédération Comorienne de Football Saïd Ali Saïd Athouman revient sur les clés de cette réussite et les défis à venir.
Dans un entretien exclusif accordé à Africa Top Sports, le président de la Fédération Comorienne de Football s’est confié sur la CAN 2025, la Coupe Arabe des Nations et la stratégie de développement du football comorien.
Africa Top Sports : Monsieur le Président, félicitations pour cette nouvelle qualification des Comores à la CAN 2025. Que représente cette deuxième qualification consécutive pour votre pays ?
Saïd Ali Saïd Athouman : C’est une immense satisfaction et une grande fierté pour tous les Comoriens qui soutiennent notre équipe nationale. Cette qualification est le fruit de choix forts, pris dans un contexte difficile marqué par une crise montée de toutes pièces par certains qui souhaitaient voir la Fédération s’effondrer.
C’est également le résultat d’une collaboration constante avec le Gouvernement comorien, la FIFA et la CAF. Elle consacre le travail remarquable du sélectionneur, du staff et de l’ensemble des joueurs.
Après la première qualification historique au Cameroun en 2021, cette nouvelle participation va offrir une visibilité encore plus grande au football comorien — d’autant plus que nous aurons le privilège de disputer le match d’ouverture, une rencontre difficile certes, mais suivie par le monde entier.
ATS : Quels enseignements avez-vous tirés de la première participation historique à la CAN 2021, et comment cela a-t-il influencé votre préparation pour 2025 ?
Le principal enseignement que nous avons tiré est qu’avec de la volonté et de la solidarité, on peut renverser des montagnes.
Même s’il s’agissait de notre première participation, nous avons su tirer notre épingle du jeu grâce à la cohésion entre la Fédération, le Gouvernement et l’équipe nationale. Il ne faut pas oublier que nous sortions d’une période difficile, durant laquelle la Fédération était sous un Comité de normalisation.
Dès notre arrivée, nous avons dû faire face à un match décisif contre le Togo, en mars 2021, à Moroni. Cette expérience nous a forgés et a permis de construire la base du succès que nous connaissons aujourd’hui.
ATS : La stabilité au sein de la sélection semble être un facteur clé. Peut-on s’attendre à la reconduction du staff actuel pour la CAN 2025 ?
Effectivement, la stabilité est essentielle dans tout projet sportif. Elle l’est d’autant plus que, parmi les missions confiées au sélectionneur à son arrivée en octobre 2023, figurait la reconstruction d’une équipe après la non-qualification pour la CAN 2023 en Côte d’Ivoire.
Cependant, vous savez comme moi que dans le football de haut niveau, la stabilité dépend avant tout des résultats. Pour l’instant, aucun changement n’est envisagé : il n’y a d’ailleurs aucune raison de le faire.
ATS : L’équipe A’ des Comores affrontera le Yémen en tour préliminaire de la Coupe Arabe des Nations. Quelle importance accordez-vous à cette compétition ?
C’est un match que nous prenons très au sérieux, car une victoire nous permettrait d’accéder au tournoi final. Nous enverrons donc une équipe très compétitive pour tenter de nous qualifier pour la première fois en phase de groupes de la Coupe Arabe de la FIFA.
Cette compétition prend de l’ampleur au fil des éditions. Elle réunit 22 nations membres de la Ligue des États Arabes et constitue une belle vitrine pour notre football.
ATS : Peut-on considérer cette participation comme un tremplin pour les joueurs évoluant localement ?
Absolument. Nos joueurs locaux ont déjà démontré leur valeur. Lors de la dernière Coupe COSAFA, sous la direction du sélectionneur Ahamada Jambay, l’équipe a décroché la médaille de bronze — une première historique.
La Coupe Arabe représente une nouvelle opportunité pour ces joueurs de se mesurer à de grandes nations arabes et de se faire repérer. En 2021, plus de 600 000 billets avaient été vendus, et le Qatar, hôte de cette édition, entend une nouvelle fois démontrer son excellence organisationnelle et son hospitalité, trois ans après la Coupe du Monde 2022.
ATS : Le tournoi débute le 1er décembre au Qatar. Êtes-vous prêts en termes d’organisation et de logistique ?
Sur le plan logistique, tout a été planifié depuis longtemps. Concernant l’effectif, nous attendons la liste officielle du sélectionneur.
La Fédération Comorienne de Football ne pratique aucune ingérence dans les choix techniques. C’est un principe auquel nous tenons fermement : les techniciens sélectionnent les joueurs, et la Fédération assure l’organisation et la logistique.
ATS : Quel est l’objectif réaliste des Comores dans cette Coupe Arabe ?
Notre premier objectif est de franchir le tour préliminaire face au Yémen. Ensuite, nous aborderons la phase de groupes avec ambition.
Nous pourrions être placés dans un groupe relevé avec des équipes comme le Maroc ou l’Arabie Saoudite, mais dans ce genre de compétition, tout est possible. Le mental et l’esprit collectif comptent souvent plus que le talent individuel.
Nous avancerons match après match, avec l’objectif de représenter fièrement les Comores.
ATS : Quelle est la place du football local dans votre stratégie globale ?
La formation est le pilier du développement du football comorien. Notre Fédération mise depuis plusieurs années sur la formation de toutes les parties prenantes de l’écosystème du football.
Nous sommes engagés dans la Convention CAF Coaching, ce qui nous permet de dispenser des formations certifiées pour les licences CAF C et B. En 2026, nous lancerons pour la première fois la formation pour la Licence CAF A — une avancée majeure.
Nous participons également au programme TDS de la FIFA, qui nous a permis de recruter un coach talentueux pour l’Académie Nationale.
Dans le cadre du projet ARENA, nous avons aussi bénéficié du soutien de la FIFA pour la construction de dix mini-stades. Enfin, nous investissons dans l’arbitrage : nous comptons aujourd’hui huit arbitres internationaux, et nous espérons élargir cette base, notamment avec l’intégration d’arbitres féminines.
ATS : La montée en puissance du football comorien sur la scène africaine est saluée. Comment consolidez-vous ces acquis ?
C’est avant tout un travail d’équipe. Le Comité exécutif et le personnel de la Fédération œuvrent main dans la main, en étroite collaboration avec nos partenaires : le Gouvernement, la FIFA, la CAF, et d’autres fédérations sœurs.
Nous cherchons également à impliquer le secteur privé, car le développement du football nécessite des moyens importants. Notre ambition est aussi d’être davantage présents dans les instances internationales pour porter la voix du football comorien et contribuer au développement du football mondial.
ATS : Quels sont les défis majeurs auxquels vous faites face au quotidien à la tête de la Fédération ?
Nos principaux défis sont d’ordre organisationnel et financier. Nos ressources proviennent principalement des subventions de la FIFA et de la CAF, ce qui limite parfois la mise en œuvre de nos projets.
Le Gouvernement comorien reste notre premier partenaire, notamment pour le soutien à l’équipe nationale A.
Cependant, attirer des sponsors demeure difficile, car le marché comorien reste restreint. Les entreprises cherchent des zones où le pouvoir d’achat est plus élevé. Avec moins d’un million d’habitants, notre pays représente encore un petit marché, mais nous travaillons à inverser cette tendance.
ATS : Comment évaluez-vous le soutien de la CAF et de la FIFA dans le développement du football comorien ?
Ce sont des partenaires essentiels pour la Fédération. Depuis vingt ans, ils n’ont cessé de nous accompagner dans nos programmes de développement.
Grâce à leur appui, nous bénéficions d’un renforcement des capacités dans plusieurs domaines : formation, gestion, appui institutionnel et infrastructures.
Leur soutien constant nous permet aujourd’hui de voir le football comorien rayonner sur la scène internationale.


