
(Boston) Mike Matheson a fait ça comme un vrai. La porte du vestiaire des visiteurs s’est ouverte aux médias, et le vétéran défenseur se tenait debout, devant son casier. Il était prêt.
Mis à jour hier à 22 h 35
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Matheson venait de connaître un très pénible après-midi dans un TD Garden festif pour le centenaire des Bruins. Il n’était pas le seul, loin de là, mais ses erreurs et cafouillages étaient flagrants sur trois buts des Bruins. Le différentiel, comme outil statistique, est souvent critiqué au hockey, mais dans son cas, le -4 ne mentait pas.
La première question portait sur la performance collective du Canadien, dans une sévère défaite de 6-3 aux mains des Bruins. Mais Matheson a crevé l’abcès.
« C’est difficile de penser plus loin que le match que j’ai joué. C’était un des pires matchs que j’ai jamais joués », a tranché le numéro 8.
Ce qui n’allait pas ? « Mes décisions avec la rondelle. » Ce n’était pas une question de concentration, assure-t-il. « C’est vraiment frustrant en ce moment, mais je sais que ce n’est pas la vraie version de moi. Tout ce que je peux contrôler, c’est d’être prêt pour mardi. »
Tout juste à sa gauche, Kaiden Guhle a défendu son collègue. « Ce n’est pas l’affaire d’un joueur. Il y a 19 autres joueurs. Ce n’est pas sa faute du tout. Ça montre le genre de meneur qu’il est. Il sent qu’il ne l’avait pas et de vous dire ça, ça montre son leadership. »
PHOTO NATALIE REID, USA TODAY SPORTS, FOURNIE PAR REUTERS CON
Le défenseur des Canadiens de Montréal Kaiden Guhle (droite) célèbre un but contre les Bruins de Boston en troisième période.
Cela dit, montrer un seul coupable du doigt relève du circonstanciel. L’entraîneur Martin St-Louis lui-même dit souvent qu’il corrige les tendances, pas les exceptions. Matheson ne connaît peut-être pas une aussi bonne saison que l’an dernier, mais sa tenue n’est pas non plus une de ces tendances qui coulent l’équipe soir après soir.
Ce qui est une tendance, en revanche, c’est la propension du Canadien à alimenter l’attaque des adversaires, comme ce fut le cas pendant cette séquence de 70 secondes, en première période, lors de laquelle les Bruins ont fait passer le pointage de 0-0 à 3-0. Pour eux, évidemment.
« C’est une minute qui a fait mal et ce sont nos actions, beaucoup. Ce n’est pas une équipe qui va faire beaucoup d’actions pour t’aider. Et nous, on en a fait trop », a jugé l’entraîneur-chef. Un refrain que l’on commence à entendre souvent depuis deux mois, comme un disque qui saute.
Nous écrivions dans ces pages, jeudi, que l’équipe s’était replacée défensivement avec une série de sept matchs pendant laquelle elle avait livré six performances défensives adéquates. Or, des matchs comme celui de dimanche ressemblent à un retour à octobre.
Montréal a été matraqué 15-3 aux chances de marquer à 5 contre 5. Cette visualisation des tentatives de tir à 5 contre 5, gracieuseté de nos amis de Natural Stat Trick, en dit long sur l’allure de la journée.
Ne vous laissez pas berner par le pointage de 5-3 jusqu’au but de Cole Koepke dans un filet désert ; à 4-1 Bruins en début de période médiane, les proverbiales carottes étaient cuites. L’attention a été portée sur Matheson, mais Alex Newhook et Joel Armia ont eux aussi gracieusement remis des rondelles aux Bostoniens.
On notera par ailleurs qu’ils ont en commun d’être des vétérans, et non pas des recrues des deux ou trois dernières années qui apprennent sur le tas. « Tu t’attends plus de la part des gars qui ont du vécu et qui comprennent ça, tu espères qu’ils montrent la voie à suivre », a reconnu St-Louis.
Une autre tendance lourde ? Cette incapacité à rebondir après avoir rencontré de l’adversité. Rappelons que la déconvenue de 8-2 contre Seattle a été suivie par une autre dure défaite, 6-3 à Washington. Et celle-là, par un revers amorphe de 3-1 à Pittsburgh.
Cette fois, les Montréalais s’amenaient à Boston avec, supposément, le couteau entre les dents, eux qui ont eu le sentiment de s’être fait voler le match de la veille par les officiels. « On est une équipe fâchée. Vous allez voir une équipe affamée aujourd’hui », a lancé Josh Anderson au micro de Patrick Friolet, en entrevue pendant l’échauffement.
« On sentait qu’on méritait un meilleur sort. On était prêts et je sens qu’on a généralement bien joué hormis cette minute et demie », a estimé Guhle.
On dit toutefois que, dans la vie, il faut avoir les moyens de ses ambitions. Il est tout à fait louable de vouloir venger une défaite crève-cœur comme celle de la veille, mais cette équipe, avec sa fiche de 8-13-3, incapable de gagner à Boston ces dernières années, incapable d’apporter les ajustements qui durent à moyen terme, n’en a pas les moyens.
En hausse : Kaiden Guhle
Sa constance est celle d’un vétéran. Même quand ses coéquipiers s’écroulent, il parvient à garder la tête hors de l’eau.
En baisse : Alex Newhook
Auteur de possiblement son meilleur match de la saison samedi, il a enchaîné en multipliant les décisions douteuses avec la rondelle.
Le chiffre du match : 9
Le Canadien a maintenant perdu ses neuf derniers matchs à Boston, au cours desquels il a accordé 47 buts.
Dans le détail
Pénible pour Primeau
Pour une quatrième fois cette saison, Cayden Primeau a vu la lumière rouge derrière lui scintiller au moins cinq fois. Il a certes été victime des erreurs devant lui, mais n’empêche qu’un gardien doit aussi réchapper quelques bévues de ses coéquipiers. Ce qu’il ne parvient pas à faire. Sur le premier but, par exemple, Charlie McAvoy a certes eu tout son temps pour parcourir la totalité de la zone du CH, mais Primeau était aussi très fortement compromis à sa gauche. St-Louis ne s’est pas avancé sur la tenue de son gardien numéro 2. « On évalue tout, que ce soit un match facile ou difficile », s’est-il limité à dire. Mais après sept départs, l’Américain vient au dernier rang des gardiens de la LNH avec une efficacité de ,844 et une moyenne de 4,45. L’échantillon devient dur à ignorer.
Harvey-Pinard à Laval
Rafaël Harvey-Pinard n’a finalement pas été réclamé au ballottage, après y avoir été soumis samedi. Il pourra donc être cédé, officiellement, à Laval. L’attaquant pourra donc poursuivre sa remise en forme dans la Ligue américaine, en attendant que d’autres portes s’ouvrent avec le grand club. Car pour l’heure, l’infirmerie du club est sur le point de se vider, ce qui n’a pas été vu aussi tard dans la saison, de mémoire d’homme, sous la gouverne de la présente administration. Il faudra toutefois surveiller le rendement de Joshua Roy, très discret depuis son rappel. Il faut dire, à sa décharge, qu’il joue au sein du trio de Kirby Dach, qui demeure empêtré après le premier quart de saison.
Heineman, dans l’ombre
Derrière Cole Caufield et Nick Suzuki, qui est le meilleur compteur du Canadien dans les 10 derniers matchs ? Deux morceaux de robot si vous avez répondu Emil Heineman. Le Suédois a touché la cible en troisième période, pour son quatrième but dans la dernière dizaine, malgré une utilisation moyenne de 11 minutes par match. Il faut dire qu’à défaut de posséder des mains soyeuses comme son compagnon de trio Joel Armia, il compte sur un tir de qualité Angus, comme le disent les épiciers. Du reste, son jeu d’ensemble lui permet de se rendre utile même lorsqu’il n’apparaît pas sur la feuille de pointage. Mine de rien, il a été laissé de côté une seule fois, et c’était lors du deuxième match de la saison.


