
« C’est le magnum opus, affirme le documentariste australien Eli Mengem. Il n’y a pas d’autre façon de le définir. »
Publié à 7 h 00
Cette œuvre, c’est Once in a Lifetime : Argentina, un documentaire retraçant le parcours victorieux de l’Argentine à la Coupe du monde de 2022. Il s’agit du « plus gros projet jamais entrepris » par son média, Copa90.
Le résultat : un film de deux heures toujours enrichissantes, souvent époustouflantes, divisé en quatre épisodes, et lancé en première mondiale au pub Burgundy Lion, mercredi soir, à Montréal. Il a été diffusé la même journée dans cinq autres grandes villes : New York, Miami, Londres, Melbourne et, évidemment, Buenos Aires.
Comme toutes les réalisations de Copa90, il se retrouve gratuitement sur YouTube, dès ce jeudi.
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Pourquoi Mengem parle-t-il d’un tel accomplissement ? C’est que sa bande et lui se sont rendus sur les lieux des festivités, au pays de l’Albiceleste, en 2022. Et contrairement aux autres documentaires du genre, celui-ci n’est pas raconté en rétrospective. Ses auteurs étaient sur place. Et pas juste pour la finale, disputée il y a deux ans jour pour jour. Mais bien à partir des quarts.
Les images, surtout pour les deux derniers épisodes, sont saisissantes. Comme cette dame, Laura, qui n’en peut plus de la tension des tirs de barrage, dans une rue chaotique de la capitale. Après 120 minutes de folie, son visage est caché dans les bras d’Eli Mengem… Vous imaginez son extase, quelques instants plus tard.
« Lorsqu’ils ont gagné, mon directeur de la photographie s’est tourné vers moi, raconte Mengem. Il m’a dit : “Tu réalises qu’on l’a deviné ?” J’y pense encore, parfois. On a deviné quelle serait la meilleure histoire de soccer de l’ère moderne. Pour moi, c’est ce qui rend [ce film] si spécial. »
Montréal, le « noyau de la culture foot au Canada »
Une cinquantaine d’aficionados de foot se sont rassemblés pour l’évènement de visionnement au Burgundy Lion, mercredi soir. L’établissement accueille régulièrement les fans de soccer pour des diffusions de matchs, d’ailleurs. Dont la finale de 2022.
PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, COLLABORATION SPÉCIALE
Une fan de soccer au pub Burgundy Lion, mercredi soir, à Montréal
Pourquoi était-il important d’inclure Montréal dans les six villes pour le lancement ?
« Ce que j’aime de Montréal, c’est que c’est le noyau de la culture foot au Canada, croit Mengem, qui a visité la métropole québécoise à plusieurs reprises. L’amour du foot, ici, semble être le même amour que je ressens. »
À Montréal, le soccer est dans le mode de vie, et je l’ai ressenti beaucoup plus que dans d’autres villes.
Le documentariste australien Eli Mengem
Pour Paul Desbaillets, partenaire du groupe Burgundy Lion, ça allait de soi d’accueillir le film de Mengem dans son établissement. Et ce, même s’il n’en a été avisé… que la semaine dernière !
« Quand j’ai vu que c’était ce savant fou et Copa90, je me disais que je n’avais pas le choix de m’assurer que ça fonctionne », indique celui qui est aussi animateur de la série balado 1st Half Culture Show, axée sur la culture du foot nord-américaine.
« Mes films ne sont pas sur le soccer »
Copa90, à travers ses différentes séries, cherche à raconter « le monde du football à l’extérieur des 90 minutes, qui rend les 90 minutes encore plus importantes ».
Avec leur « caméra guérilla », ils ont tourné en Inde, en Italie, en Turquie, en Allemagne, en Espagne, au Groenland, au Venezuela, à Columbus, à Montréal, en Écosse. Pour ne nommer que ces endroits. Leur série Once in a Lifetime raconte les histoires de peuples dont l’équipe de cœur est en voie de remporter son premier trophée depuis des lustres.
Bref, les performances des joueurs et des clubs ne sont pas le sujet de prédilection de Copa90. On y découvre le monde – littéralement – qui les entoure. « Mes films ne sont pas sur le soccer, dit Eli Mengem. Ils sont des études anthropologiques approfondies sur la culture. »
PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, COLLABORATION SPÉCIALE
Le documentaire Once in a Lifetime : Argentina a aussi été diffusé à New York, Miami, Londres, Melbourne et Buenos Aires, mercredi.
Le récit du triomphe de l’Argentine en est le parfait reflet. Les deux premiers épisodes donnent tout le contexte historique, de la « découverte » de l’Argentine par les colons jusqu’à son économie actuelle chancelante, en passant par ses ressemblances avec la culture italienne.
« Je n’y suis jamais allé aussi en profondeur que pour celui-ci, avance le réalisateur. C’est un film à propos du pays et de son peuple. Et d’une mentalité qui est vraiment unique. »
Le projet a été annoncé il y a un an, avec une bande-annonce. Depuis, quelques impatients, qui commentaient sous la vidéo YouTube, ont commencé à réclamer la sortie du film. Pourquoi ça a pris deux ans après la captation des images pour en faire le lancement officiel ?
« Quand tu détiens quelque chose d’une telle importance, c’est impératif de ne pas te tromper », explique Mengem, qui a les yeux d’un homme dans la dernière ligne droite d’un long, très long processus.
« Je ne vais jamais réussir à deviner le champion d’une Coupe du monde à nouveau. Et encore moins le champion d’une Coupe du monde avec le meilleur joueur de tous les temps, au terme de la seule et unique Coupe du monde se jouant à l’été [en Argentine].
« Ça sort le jour de l’anniversaire. Et ça va vivre pour l’éternité. »


