Crée en 2007 sous l’égide de la Confédération africaine de football (CAF), le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) s’apprête à tirer sa révérence. Une disparition annoncée sans coup de sifflet final, actée par Patrice Motsepe, président de la CAF, au nom d’une réalité désormais implacable : « la compétition coûte plus qu’elle ne rapporte ».
Ainsi s’éteint, presque en silence, une scène longtemps dédiée aux talents évoluant sur le sol africain. Le CHAN, vitrine du football local, paie le prix de la nouvelle coqueluche institutionnelle : la Ligue des nations africaines. À croire que, dans les bureaux feutrés de la CAF, la promotion du joueur local n’est plus tout à fait à l’ordre du jour. « Le CHAN est un spectacle qui nous fait perdre de l’argent », a tranché Patrice Motsepe, laissant entendre qu’avec la nouvelle compétition, le CHAN devenait tout simplement redondant.
La Linafoot Ligue 1 encaisse le choc
Pour la Linafoot Ligue 1, la nouvelle sonne comme un uppercut mal anticipé. Longtemps considérée comme l’un des principaux pourvoyeurs de talents du CHAN, elle perd aujourd’hui un argument majeur pour retenir ses meilleurs éléments.
Dans un championnat national déjà en quête de modernité, la suppression du CHAN ouvre grand la porte de l’exil sportif. Tanzanie, Afrique du Nord, voire horizons plus lointains : les destinations ne manquent pas pour des joueurs locaux en quête de stabilité, de visibilité et, disons-le sans détour, de meilleures conditions de travail.
Ce mouvement migratoire, amorcé depuis plusieurs saisons, trouve dans la disparition du CHAN un point de non-retour. Sans vitrine continentale, rester au pays relève désormais davantage de l’acte de foi que du choix de carrière.
Le CHAN, une page glorieuse du football congolais
L’histoire retiendra pourtant que la République démocratique du Congo fut la première nation sacrée championne du CHAN en 2009. En sept éditions, les Léopards A’ ont inscrit leur nom en lettres capitales, remportant deux titres (2009 et 2016), à égalité avec le Maroc, double vainqueur en 2018 et 2020.
À chaque édition, la sélection congolaise a offert un football séduisant, parfois flamboyant, souvent redoutable. La Tunisie, la Libye et le Sénégal complètent un palmarès restreint, preuve que le CHAN n’était pas une compétition mineure, malgré ce que son épilogue financier pourrait laisser croire.
Le théâtre du génie local congolais
Le CHAN s’en va, mais laisse derrière lui des souvenirs indélébiles. Trésor Mputu, élu meilleur joueur en 2009, demeure l’incarnation du génie local congolais. Dix-sept ans plus tard, sa vision du jeu et sa finesse technique continuent d’alimenter la nostalgie des amateurs de beau football.
En 2016, c’est Meschack Elia qui marquait la compétition de son empreinte. Meilleur buteur et meilleur joueur du tournoi, l’attaquant du TP Mazembe fut l’arme fatale de la sélection dirigée par Florent Ibenge. Un parcours exemplaire, désormais gravé dans une compétition que l’on conjugue au passé.
Une fin sans célébration
Le CHAN quitte la scène sans hommage officiel, emportant avec lui une part de l’âme du football local africain. Pour la Linafoot Ligue 1, le défi est immense : survivre sans sa plus grande vitrine continentale. Reste à savoir si la nouvelle architecture du football africain saura offrir aux talents locaux autre chose qu’un simple souvenir et quelques archives bien rangées.
Gaël Hombo


