
Avant l’âge adulte, la gardienne de but Gabrielle Lambert n’a jamais joué au niveau AAA. Elle n’a jamais été choisie en sélection provinciale, ou même régionale. Son histoire est celle d’une joueuse « moyenne ». De celles qui ont toujours dû bûcher pour sortir du lot.
Publié à 7 h 00
« Je n’ai jamais été la plus talentueuse, admet-elle sans détour, en entrevue avec La Presse. Disons que mon parcours est assez atypique. »
On ne lui fait pas dire. Lambert commence le soccer à l’âge de 4 ans. Elle pratique aussi le trampoline de manière compétitive, jusqu’au cégep. Elle passe donc la plupart de ses plus importantes années de développement dans le niveau AA. Au cégep, elle se trouve même en division 2.
Alors que les autres filles de son âge ne mangeaient que du soccer, elle souhaitait goûter à tout. « Je voulais continuer d’avoir du temps libre, de faire du ski la fin de semaine, résume-t-elle. Le programme de sports-études soccer ne m’intéressait pas », relate-t-elle.
Lambert aura bientôt 31 ans. Plus jeune, lorsqu’elle était amateure, dans la région de Saint-Hyacinthe, devenir professionnelle lui semblait impossible.
« J’ai compris que si tu veux vraiment y arriver, il y a toujours un moyen. Les échecs, au bout de la ligne, t’aideront. J’en ai vécu, des refus. Ils m’ont simplement rendue plus forte. »
Si ta première claque, tu la manges à 20 ans et que tu ne sais pas y réagir, la suite va mal se passer.
Gabrielle Lambert
Lorsqu’elle termine son cégep, Lambert voit sa candidature refusée par l’Université Laval, faute de résultats scolaires suffisants. Des amies la convainquent donc de faire les essais des Patriotes de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Elle commence l’année comme deuxième gardienne, mais ravit le poste de la partante. Ses performances attirent l’attention du Dynamo de Québec, une équipe semi-professionnelle, qui lui offre un poste durant l’été. « J’en revenais pas qu’on pense à moi, raconte-t-elle. Moi et mes années en AA, on n’était pas certaines d’avoir le calibre », blague-t-elle.
Justement, la marche est haute. Sa première saison dans le semi-pro ne se déroule pas comme prévu. Lambert obtient peu de départs, et entretient une mauvaise relation avec son entraîneur.
Contre toute attente, l’équipe lui propose tout de même de revenir pour une deuxième saison. Et cette fois, le résultat est tout autre : Lambert devient titulaire, et excelle.
« Je voulais retourner pour me prouver quelque chose. C’est là que j’ai compris que si tu laisses tout tomber aux moindres difficultés, tu vas tout perdre, philosophe-t-elle. Souvent, la meilleure option est celle qui te fait le plus peur. »
Au-delà des écueils
Malgré cette bonne saison, Lambert éprouve moins de plaisir en pratiquant son sport. Elle est aussi peu motivée par ses études en kinésiologie. Si bien qu’elle décide de tout abandonner. Elle part seule, avec son sac à dos, pour un voyage en Amérique du Sud, le temps d’un hiver.
Cette réflexion en solo l’amène à s’inscrire à HEC. Son plan est d’entamer un bac en administration et d’effectuer un retour avec les Carabins. Jusqu’à ce qu’un coup de fil vienne contrecarrer ses plans.
C’était son ancien entraîneur du Dynamo. Il lui avait déniché un essai professionnel, en France, avec l’équipe d’Albi Marssac.
« Je n’étais pas connue et je n’avais pas le profil d’une joueuse qui attirait les équipes pros : je savais donc que c’était ma seule occasion. Je n’avais pas le choix de dire oui », partage-t-elle.
Lambert est donc partie, à la dernière minute, avec une valise contenant juste assez de vêtements pour une semaine, certaine que son aventure européenne serait de courte durée.
Elle s’est finalement retrouvée avec le poste de deuxième gardienne. « L’entraîneur là-bas ne me trouvait pas assez bonne, mais le président de l’équipe l’avait convaincu. »
Là-bas, l’expérience professionnelle s’est révélée moins romantique que prévu. Lambert recevait 500 euros par mois, à peine assez pour couvrir le loyer de son appartement à Montréal, pour lequel elle n’avait pu rompre son bail. En France, elle vivait dans un petit logement avec plusieurs joueuses. Certaines d’entre elles devaient même dormir dans le salon, faute d’espace.
Malgré tout, Lambert décroche le poste de partante. Mais après trois saisons, elle se blesse gravement à une cheville. Sans contrat, elle revient au Québec pour se faire opérer et faire ses classes au sein des Patriotes de l’UQTR, à nouveau.
Je croyais encore en mes chances de revenir chez les pros, mais je savais que ça allait être super difficile.
Gabrielle Lambert
Lambert est finalement parvenue à obtenir un autre contrat en division 2, en France. Son parcours l’a menée de Montpellier jusqu’en Allemagne, avec le club du SC Freiburg. De contrat en contrat, elle est toujours parvenue à faire sa niche.
Tout au long de la discussion, nous nous demandons quel a été le tournant pour elle. Ce moment spécial, ce déclic qui lui aura permis de retirer son étiquette de négligée.
Nous réalisons finalement que ce moment n’est jamais réellement arrivé. Même après de nombreuses saisons chez les pros, Gabrielle Lambert représente la négligée par excellence.
« C’est comme ça que je me perçois, à 100 %. Mon rôle, ça a toujours été d’être la fille qui travaille fort, dans l’ombre. Et je vis bien avec ça », assure-t-elle.
Depuis qu’elle a apposé son nom au bas d’un contrat de deux ans avec les Roses de Montréal, elle sort toutefois de l’ombre.
L’équipe l’expose dans son matériel promotionnel, en fait une de ses têtes d’affiche. Et justement, en revenant au Québec, Gabrielle Lambert veut saisir la chance de devenir un modèle pour les jeunes joueuses. De devenir l’inspiration sur laquelle elle n’a pas pu compter, elle-même.
« Je veux qu’elles sachent que c’est possible d’atteindre les pros. Tu peux être ordinaire à 13 ans, ça ne veut pas dire que tu ne deviendras pas la meilleure à 18 ans. On va souvent te dire que tu n’es pas assez grande, pas assez bonne. Pour une équipe, tu ne seras pas correcte, mais pour une autre, tu vas être parfaite », conclut-elle.


