
Que Michael Pezzetta soit laissé de côté pour un match n’est plus une nouvelle. Au cours des deux dernières saisons, il a été parmi les joueurs qui ont été appelés à sauter leur tour le plus souvent chez le Canadien.
Publié à 17 h 58
L’Ontarien ne s’en est jamais plaint, et ce n’est pas aujourd’hui qu’il va commencer non plus. Il a toujours accepté son rôle de soutien avec humilité, conservant sa bonne humeur et son ardeur au travail.
Or, depuis le début de la présente campagne, l’utilisation du numéro 55 est devenue plus marginale que jamais. En 2022-2023 et 2023-2024, il a été écarté de la formation à 19 et 21 reprises, respectivement. En 2024-2025, il a déjà regardé 22 matchs sur la galerie de la presse. En fait, il n’a été en uniforme que trois fois, en octobre, lorsque Juraj Slafkovsky s’est blessé. Au retour en santé du Slovaque, Pezzetta a repris le chemin des gradins. Alors qu’au cours des années passées, ses absences se limitaient généralement à quelques rencontres, voilà qu’il vient de rater 16 joutes consécutives.
Cette situation est inédite pour lui, évidemment, mais aussi pour son club, en tout cas depuis l’arrivée en poste de Martin St-Louis, il y a presque trois ans.
D’une part, les blessures ont nettement moins miné l’effectif qu’auparavant. D’autre part, tout le monde en attaque semble avoir trouvé sa « chaise ». Alors que Pezzetta alternait avec Jesse Ylönen la saison dernière, Emil Heineman a aujourd’hui consolidé sa place comme titulaire sur le quatrième trio et en avantage numérique.
PHOTO JOSIE DESMARAIS, ARCHIVES LA PRESSE
Emil Heineman
Ce sont essentiellement les arguments qu’a invoqués St-Louis, mercredi, pour expliquer la situation dans laquelle se retrouve Pezzetta. « Le bas de notre formation, si je peux l’appeler comme ça, joue très bien depuis le début de l’année. Ça rend les choses plus difficiles pour Pezz », a-t-il précisé.
Les choix de l’organisation ne facilitent pas non plus la vie du vétéran de 26 ans. Par exemple, il y a quelques jours, un poste d’ailier s’est ouvert après que Kirby Dach eut été muté au centre. On a alors rappelé Joshua Roy du Rocket de Laval. Et lorsque Patrik Laine a été prêt à jouer, on a rétrogradé Roy.
Pendant ce temps, Michael Pezzetta attend son tour.
Positif
Au risque de se répéter, le principal concerné ne se plaint pas de son sort. Ce qui ne l’empêche pas, néanmoins, de trouver la situation « difficile », parfois « frustrante ».
« Le plus dur, c’est de ne pas être dans la même routine que les autres gars, a-t-il admis mercredi matin pendant un court entretien avec La Presse. Tu ne peux pas passer autant de temps avec eux ou autant sentir que tu appartiens à l’équipe. »
Qu’à cela ne tienne, ses coéquipiers sont « formidables », insiste-t-il. Jamais il ne se sent exclu du groupe, même si les occasions sont rares. Ses camarades sont d’ailleurs les premiers à rendre hommage à sa résilience.
C’est un rôle très difficile. Ce n’est pas facile de ne pas jouer, mais aussi de bien jouer après une longue absence. Il faut qu’on soit là pour lui, qu’on lui montre qu’il est important pour l’équipe.
Mike Matheson
« Il est un membre à part entière du groupe, a renchéri Josh Anderson. On le comprendrait de ne pas avoir envie de sourire, mais il se présente chaque jour avec la même bonne humeur. Il travaille fort au gymnase et sur la glace, il arrive tôt, il part tard… On sait tous qu’il aura sa chance, et qu’à ce moment, il sera prêt. »
C’est d’ailleurs l’objectif qu’il se donne : demeurer prêt à toute éventualité. À l’entraînement, il se fait un devoir de « cocher toutes les cases », dit-il. Et il s’efforce de demeurer « positif ». Ce qui n’est pas en soi une corvée, puisqu’il s’agit d’un trait fort de personnalité chez lui. Toutefois, pour avoir déjà joué dans ce film – il a aussi été surnuméraire dans la Ligue américaine –, il sait à quel point il peut être facile pour un joueur peu utilisé « d’entrer dans [sa] tête et de s’isoler ».
Dans la LNH
Même s’il avoue en souriant qu’il préférerait avoir « moins de connaissances » dans ce rayon, il dit partager son expérience avec Justin Barron, défenseur de trois ans son cadet qui traverse lui aussi un long passage à vide.
On habite dans le même bloc de condos, alors on covoiture et on passe beaucoup de temps ensemble, raconte-t-il. On parle beaucoup. Je lui livre le même message : il faut rester positif et garder le sourire, car autrement, tu peux te retrouver dans un état assez sombre.
Michael Pezzetta
L’attaquant prêche aussi les vertus du travail sans compromis. Car « à la minute où tu laisses tomber, ça devient ta faute ».
« Si tu es appelé à jouer et que tu n’as pas fait tout en ton possible pour être prêt, tu n’as que toi à blâmer. »
Pezzetta se retrouve par ailleurs dans une étrange situation : étant donné son statut contractuel, il ne peut être cédé aux ligues mineures sans être préalablement soumis au ballottage. Cela fait plus de trois ans qu’il n’a pas connu l’incertitude liée au ballottage ; à l’évidence, l’organisation préfère le garder « en haut » que de risquer de perdre ses services sans rien obtenir en retour.
« J’ai prouvé que je suis un joueur de la LNH », rétorque-t-il à une question sur la perspective de jouer dans la Ligue américaine plutôt que de poireauter à Montréal. Le ton, sans être irrité, est ferme.
« Je connais mon rôle, conclut-il. Quand on fait appel à moi, j’effectue mon travail comme je l’ai toujours fait. Je sais que quand je joue à ma manière, je suis un atout pour cette équipe. »
Son avenir dans l’uniforme tricolore demeure néanmoins incertain, d’autant plus qu’il deviendra joueur autonome sans compensation l’été prochain. D’ici là, toutefois, son objectif ne change pas. Il veut jouer avec le Canadien. Il ne sait pas quand ça se produira de nouveau, mais promet que lorsqu’on se tournera vers lui, on n’aura pas à lui demander deux fois.


