
La vie nous fait parfois prendre des virages secs et surprenants.
Publié à 13 h 40
Lorie Thibault, par exemple, a « toujours rêvé » de jouer professionnellement au soccer. Mais au Québec, « ça a tout le temps été un concept un peu abstrait », dit-elle lors d’une entrevue téléphonique avec La Presse, jeudi avant-midi.
Jusqu’à ce qu’elle signe un contrat avec les Roses de Montréal, nouvelle équipe professionnelle de soccer féminin. Son trait de crayon s’est fait en novembre, et la nouvelle a été annoncée ce jeudi matin. Elle se joint à l’équipe au même moment que trois autres joueuses québécoises.
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Ce n’est pas que Thibault avait « arrêté d’espérer ». Celle qui évoluait jusqu’à tout récemment avec les Carabins de l’Université de Montréal a « toujours eu en tête le plan de peut-être essayer » de faire le saut chez les pros. En revanche, avant l’arrivée de la Super Ligue du Nord (SLN) et des Roses, ça impliquait de s’expatrier, aux États-Unis ou en Europe.
« C’est sûr que ça demandait beaucoup, beaucoup, beaucoup de sacrifices, soumet la joueuse de 24 ans. Je voulais finir l’école, premièrement. Et c’est là que je me demandais si, à ce moment-là de ma vie, j’allais être prête à faire les sacrifices. »
PHOTO JAMES HAJJAR, FOURNIE PAR LES CARABINS
Lorie Thibault joue au soccer depuis qu’elle a 10 ans.
Elle aurait fini son baccalauréat en éducation physique et santé en 2026, autour de ses 26 ans. Mais l’appel des Roses a été fort, et invitant.
« C’était enfin quelque chose qui était tangible. Je voulais vraiment essayer de tout faire pour en faire partie. Je voulais terminer l’école, donc je ne pensais pas non plus intégrer le projet en 2025. Mais quand j’ai été approchée, ça a été facile comme choix d’embarquer dans le projet. »
C’est l’écueil auquel font face autant les recruteurs que les joueuses potentielles, alors que la SLN se met sur pied : comment conjuguer cette nouvelle opportunité avec les vies d’athlètes qui devaient avancer sans ligue pro jusque-là ? Par exemple, mercredi, la Québécoise Florence Belzile s’est entendue avec le CF Rapide d’Ottawa, mais manquera le début de la campagne pour terminer son cursus scolaire.
Ainsi, Lorie Thibault a pris la décision de vivre l’expérience de la SLN « dès le premier jour », sans pour autant arrêter de suivre ses cours. Elle a fait « toutes les démarches » pour voir ce qui était dans le domaine des possibilités. Des cours plus magistraux sont à sa portée pendant que l’aventure des Roses s’amorce. « Le but est de concilier les deux le mieux possible. »
Mais les nombreux cours pratiques du bac en éducation physique, qui nécessitent une présence en classe, elle va devoir les « mettre sur la glace ».
« Selon moi, la conclusion de tout ça, c’est que l’université va être encore là quand je vais retourner sur les bancs d’école. Et il va manquer encore autant de profs ! »
« Une mission »
PHOTO JAMES HAJJAR, FOURNIE PAR LES CARABINS
Lorie Thibault agira en tant que milieu de terrain pour les Roses.
Lorie Thibault a le soccer dans la peau.
Non seulement elle y joue depuis ses 10 ans, démontrant dès lors un fort potentiel, mais elle nous apprend au téléphone qu’elle est aussi entraîneuse. Notamment en tant qu’adjointe jusqu’à l’an dernier avec un groupe de jeunes de l’AS Blainville, évoluant en Première ligue de soccer juvénile du Québec (PLSJQ). En ce moment même, elle chapeaute une équipe de futsal d’une école secondaire.
« C’est un peu devenu une mission, nous dit-elle. Je trouve ça le fun de pouvoir redonner et de voir des joueuses s’épanouir. Je retrouve ça aussi en éducation physique. Ça doit être le sport tout court qui me passionne ! »
Mais c’est en tant que milieu de terrain qu’elle servira aux Roses et à son entraîneur-chef Robert Rositoiu.
« Elle est vraiment polyvalente, nous a-t-il décrit, jeudi matin. Elle peut autant être défensive, offensive, elle peut jouer en numéro 10, elle peut jouer en avant, sur un côté. Et ce qui caractérise Lorie, c’est sa combativité, sa capacité d’être créative, d’avoir une dernière passe, et de marquer. »
Lorsqu’on lui fait part de cette description, Lorie Thibault est du même avis.
« Mon parcours a fait que j’ai touché à beaucoup de postes, et j’ai eu la chance d’être bien entourée là-dedans. J’ai pu essayer de me perfectionner un peu dans tout. »
La Blainvilloise a gravi les échelons de l’AS Blainville jusqu’à jouer en Première ligue de soccer du Québec (PLSQ), à 19 ans. Elle s’est également démarquée avec les Aigles du Collège Ahuntsic, avant de rejoindre les Carabins de l’Université de Montréal, avec qui elle a remporté le championnat canadien U Sports en 2022.
« J’ai beaucoup de fierté pour Lorie, a souligné la pilote des Carabins, Nadège Akamse, par communiqué. C’est une femme qui travaille fort, qui veut constamment progresser et apprendre. C’est un contrat amplement mérité. Elle va continuer de se développer dans un bel environnement. Les Carabins en sont très fiers ! »
Thibault est la première joueuse issue du programme des Carabins à signer un contrat avec les Roses. « J’ai beaucoup de coéquipières que je connais qui pourraient prendre ce chemin-là aussi, estime-t-elle. Et je leur souhaite. Si je peux faire les premiers pas, je vais le faire avec grand bonheur. »


