
Publié à 5 h 00
Mathias Brunet
Ce n’était pas un évènement à proprement parler, mais il s’agissait tout de même d’un entraînement ordinaire du Canadien. Le Complexe Bell à Brossard, rebaptisé CN en 2023, n’existait pas en 2006. Quand le Centre Molson était occupé par des évènements artistiques, les joueurs enfilaient l’équipement dans leur vestiaire et, munis de protège-lames, sautaient à bord de l’autobus en direction de l’Auditorium de Verdun. L’entraînement avait commencé il y a une quinzaine de minutes lorsqu’on a vu un nouveau joueur bondir sur la patinoire, en équipement, mais avec un uniforme qui tranchait avec celui des joueurs du Canadien. Dès les premières secondes, on a réalisé qu’il s’agissait d’un joueur de ligue de garage de niveau C, au mieux… À l’étonnement de tous, entraîneurs, joueurs et journalistes, ce loustic au coup de patin douteux a déposé une rondelle à ses pieds, s’est dirigé vers le gardien Cristobal Huet devant lequel il a dirigé un tir inoffensif, avant de bifurquer et de traverser la patinoire afin de déjouer José Théodore. Celui-ci a harponné le disque avant que cet homme dans la fin vingtaine ne puisse y aller de sa meilleure feinte. Malgré l’incohérence de ses propos, le visiteur indésirable a eu le temps de glisser à l’entraîneur Claude Julien qu’il jouait au centre, avant d’être expulsé manu militari. Le coach du CH a préféré en rire avec les journalistes par la suite. « Je lui ai répondu à la blague qu’un centre droitier pourrait nous intéresser ! » On n’assisterait jamais à une telle scène aujourd’hui.
Richard Labbé
PHOTO STEPHEN WHYNO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Match de la ligue de football de la XFL en 2020
La première version de la XFL au début des années 2000 fut, disons… spéciale. La nouvelle ligue de football avait été créée par Vince McMahon, le grand manitou de la lutte professionnelle, et puis l’idée était d’offrir un genre de football plus fou, plus « viril ». Pour y arriver, les cerveaux de la XFL ont créé à une série de nouvelles règles, notamment la fin du pile ou face pour déterminer qui part avec le ballon en début de rencontre. En lieu et place, ces bonnes gens ont pensé à une course : deux joueurs à la ligne de départ, le ballon à l’autre bout, à la ligne de 50, et le premier qui le récupère offre à son club la chance d’amorcer le match avec l’objet. Une idée brillante sur le papier, sauf qu’en pratique, et comme pour presque tout dans cette nouvelle ligue, ça allait évidemment mal virer. Comme il se doit, lors du week-end d’ouverture, un joueur du Rage d’Orlando, Hassan Shamsid-Deen, s’est blessé à l’épaule en tentant de sauter sur le ballon lors d’une telle course. Sur la galerie de presse au vieux Citrus Bowl, il y a eu comme un silence, et ensuite, cette déclaration au micro de l’annonceur : « Hassan Shamsid-Deen, blessé lors du pile ou face. » La XFL ne s’en est jamais vraiment remise et moi non plus.
Alexandre Pratt
PHOTO TINGSHU WANG, ARCHIVES REUTERS
Match de hockey aux Jeux olympiques de Pékin en 2022
Les Jeux olympiques à huis clos, pendant la COVID, étaient surréalistes. Il y avait plus de monde aux matchs de mon équipe de basket au secondaire que dans le stade de Yokohama pour la finale de soccer entre les Canadiennes et les Suédoises. Encore plus insolite ? Les parties de hockey aux JO de Pékin. Cette fois, il y avait quelques centaines de spectateurs, triés sur le volet par le régime. Sauf que ces amateurs ne connaissaient visiblement rien au hockey. Une échappée spectaculaire ? Silence total. L’arbitre siffle un arrêt de jeu ? Tonnerre d’applaudissements. Tellement étrange.
Jean-Philippe Arcand
PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE
Le stade Percival-Molson, domicile des Alouettes de Montréal
Nous sommes sur la galerie de presse du stade Percival-Molson, par une belle et chaude soirée d’été, il y a environ une dizaine d’années. Je couvre le match des Alouettes, j’oublie contre qui. Il ne reste que quelques minutes à la rencontre, et les reporters présents, dont moi, s’apprêtent à descendre au niveau du terrain pour les entrevues d’après-match. Soudain, l’annonceur de la galerie nous demande, d’un ton grave, de ne pas emprunter l’un des deux escaliers « pour des raisons de sécurité ». Les confrères s’échangent aussitôt des regards interloqués, voire inquiets. Que se passe-t-il ? Quelqu’un s’est-il blessé ? L’escalier va-t-il s’effondrer ? Y a-t-il une alerte à la bombe ? L’annonceur poursuit : « Une famille de ratons laveurs a élu domicile dans l’escalier. » Pour les collègues anglophones, il parlera de some bad raccoons. Naturellement, tout le monde se précipite vers l’escalier en question afin d’observer la tribu velue. Au milieu des marches, quatre ou cinq sympathiques ratons vaquent en effet à leurs occupations avec un air vaguement dubitatif, sans doute étonnés par cette soudaine attention humaine. Je ne me souviens même plus si les Alouettes ont gagné ou non. Mais n’en déplaise à l’équipe, les ratons laveurs ont volé le spectacle ce soir-là.
Nicholas Richard
J’étais bantam première année au hockey en 2011. Nous avions un tournoi à Saint-Jean-sur-Richelieu. Nous avions une bonne équipe et des chances légitimes d’aspirer au titre. Notre équipe était dirigée par mon paternel. Comme d’habitude, la préparation avait été exemplaire. Nous traversons donc deux ponts pour aller dominer nos adversaires. À l’aréna, tous mes coéquipiers sont parés, confiants et fébriles. Parce que les tournois, c’est sans doute la chose dont on s’ennuie le plus lorsqu’on accroche nos patins. Tout le monde était arrivé, sauf notre gardien. Avec du retard, il finit par se pointer dans le vestiaire. « J’ai oublié mon stock », nous dit-il. Il avait seulement son bâton. Probablement une confusion au domicile familial. Alors les entraîneurs et les employés de l’aréna courent pour lui trouver de l’équipement. Lorsque nous avons sauté sur la patinoire, notre gardien portait un casque de joueur, une mitaine de baseball, un bloqueur aussi mince qu’un biscuit Graham, des jambières ayant probablement appartenu à « Bunny » Larocque et des patins deux pointures trop petits. Et nous nous sommes fait battre à plate couture.
Jean-François Tremblay
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE
Eugenie Bouchard à la Fed Cup en 2018
J’ai toujours trouvé très insolite un évènement où un athlète est présent, et actif, mais magiquement indisponible pour parler avec les médias. Remarquez, ça n’arrive pas si souvent, la plupart des sportifs sont à tout le moins courtois. Certains, les Samuel Piette ou Marc-André Fleury de ce monde, font tout pour satisfaire les journalistes, et on l’apprécie évidemment toujours. Et je suis même prêt à croire que les athlètes eux-mêmes ne sont même pas toujours au courant de la stratégie isolationniste de leurs relationnistes. Bref, j’ai couvert un entraînement d’Eugenie Bouchard avant un match de la Fed Cup en 2018, et bien qu’elle ait été à quelques mètres de nous, elle était dans un endroit impossible d’accès et n’a jamais rencontré les médias. J’ai aussi été invité à faire du go-kart contre Lance Stroll et un relationniste avait bien indiqué que le pilote ne donnerait pas d’entrevue. Trouvant absurde de voir Stroll sortir de son go-kart à quelques mètres de moi sans « avoir le droit de lui parler », j’ai décidé d’aller faire une entrevue avec lui. Il avait été bien gentil, pour tout vous dire.
Appel à tous
Et vous, quel est le moment le plus insolite dont vous avez été témoin dans un évènement sportif ?
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