
(Denver) Pour souligner les 30 ans du déménagement des Nordiques de Québec au Colorado, Le Soleil s’est rendu à Denver pour voir ce qu’il reste des Fleurdelisés dans la ville de l’Avalanche. État des lieux.
Publié à 18 h 15
Mikaël Lalancette
Le Soleil
Les montagnes Rocheuses américaines viennent à peine de tomber dans l’obscurité lorsque Joe Sakic franchit la porte de la grande salle de conférence vitrée située dans les bureaux de l’équipe au Ball Arena, le domicile du club depuis 1999.
Vêtu d’un long manteau beige, le président des opérations hockey de l’Avalanche s’assoit confortablement pour l’entrevue prévue avec l’auteur de ces lignes, à un peu plus d’une heure du début d’une partie contre les Kings de Los Angeles.
Avant même la première question, Sakic prend des nouvelles de Québec, en particulier de ses restaurants favoris, Chez Guido et le Café de la Paix, tous deux fermés depuis plusieurs années déjà.
Lorsqu’on lui fait remarquer qu’il résiste mieux à l’épreuve du temps chez l’Avalanche que ses tables préférées de l’époque, l’ancien capitaine des Bleus hausse les épaules en esquissant un large sourire, une bouille sympathique que les Québécois n’ont pas oubliée, même 30 ans après son départ.
À la conclusion de ses 13 saisons passées comme joueur de l’Avalanche, Sakic est devenu conseiller spécial et gouverneur du club, avant d’être promu vice-président des opérations hockey et ensuite directeur général.
À l’été 2022, après la conquête de la Coupe Stanley, « Monsieur Avalanche » a cédé son poste de DG à Chris MacFarland. Le voilà maintenant à la tête des opérations hockey de l’équipe pour laquelle il a enfilé les patins jusqu’en 2009.
Une histoire de famille
Mitchell, son fils aîné de 29 ans, est devenu adjoint à l’entraîneur vidéo du club il y a quelques années, une autre preuve que la famille Sakic et l’Avalanche ne font qu’un, comme le sel et le poivre au milieu d’une table.
À Denver, l’homme de 55 ans fait partie des rares rescapés de l’édition 1995 des Nordiques. L’ex-hockeyeur d’origine croate et sa femme Debbie habitent la même maison de Cherry Hills où ont grandi leurs jumeaux, Chase et Kamryn, nés en 2000.
PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL
Joe Sakic dans l’uniforme des Nordiques de Québec
Il y a aussi le thérapeute, Matt Sokolowski, qui n’a pas oublié la peine et la frustration de ses collègues préposés à l’équipement et soigneurs, les deux René, Lavigueur et Lacasse, et le physiothérapeute Jacques Lavergne, laissés en plan lors de la vente de l’équipe de Québec. Mais Joe Sakic est la tête d’affiche des défunts Nordiques à Denver.
Toujours convaincu que Marcel Aubut a tout fait pour éviter de vendre les Nordiques, Sakic jouit encore d’une immense popularité, comme à l’époque où il brûlait la Ligue junior de l’Ouest avec les Broncos de Swift Current.
L’ex-numéro 19 a vieilli, mais sa passion pour le hockey n’a jamais décliné. « Je ne joue presque plus même pour le plaisir, c’est trop difficile ! sourit-il. Je préfère rester en santé pour le golf ! »
La preuve de son inflexible cote de popularité, c’est le nombre impressionnant de chandails bleus Nordiques, avec son nom brodé derrière, dans l’aréna, une marque de respect qui lui fait chaud au cœur…
« C’est un beau clin d’œil à Québec, là où tout cela a commencé, de dire Sakic. C’est une marque de respect envers les origines de l’Avalanche. Les chandails des Nordiques se vendent encore très bien, ils sont tellement beaux ! »
Dans la boutique souvenir du club au Ball Arena, les vestes, les chandails de laine et les kangourous à l’effigie des Bleus sont nombreux et variés. Le bleu fleur de lys apparaît pratiquement aussi vendeur que dans la capitale québécoise.
Au centre-ville, il n’est pas rare que le propriétaire de la boutique d’encadrement 5280 Custom Framing, Jarrod J. Perrott, mette en valeur des articles souvenirs liés au passé fleurdelisé de l’Avalanche, le sport représentant près de 30 à 40 % de son chiffre d’affaires.
« La nostalgie vend beaucoup, atteste celui qui venait d’encadrer un chandail de l’ancien numéro 19 quelques semaines avant notre passage. Je pense que les gens apprécient de savoir d’où vient l’Avalanche. Je ne sais pas grand-chose sur Québec, mais on a beaucoup de respect pour ce qui a pu se passer là-bas avant. »
Une popularité impressionnante
À quelques jets de pierre de là, le gérant du Sportsfan, Elliott Sweazey, se fait même une fierté de placer des produits dérivés de l’ancienne équipe de Québec dans l’entrée de la boutique souvenir qu’il gère depuis quatre ans.
Ce n’est pourtant pas l’offre qui manque dans cette ville folle de ses clubs sportifs, l’Avalanche rivalisant avec une formation du baseball majeur, une équipe de la Ligue nationale de football et une de basketball.
C’est sans compter un club de soccer de la MLS et les Pioneers de l’Université de Denver, doubles champions en titre du hockey universitaire américain (NCAA) !
PHOTO MIKAËL LALANCETTE, LE SOLEIL
Des articles souvenirs des Nordiques mis bien en évidence à l’entrée de la boutique Sportsfan de Denver.
Le chandail rétro des Fleurdelisés se vend tellement bien au magasin de la 16e rue Mall que l’homme né en 1995, l’année de la création de l’Avalanche, aimerait bien voir l’équipe de hockey de la ville l’exploiter encore davantage.
« Malheureusement, j’ai entendu des rumeurs voulant que la ville de Québec obtienne à nouveau une équipe donc… » dit le gérant d’un air presque dépité.
Dans les rayons de sa boutique, la place réservée aux casquettes, aux tuques et aux chandails des Nordiques est si impressionnante qu’on se demande si le club bien-aimé des Québécois n’est pas à la veille de reprendre vie.
Seuls les Broncos réussissent à faire résonner sa caisse enregistreuse encore plus fort que l’Avalanche. Le joueur le plus populaire des clients de la boutique ? Vous l’aurez deviné, c’est Joe Sakic.
Ce dernier n’a pas mis les pieds à Québec depuis 2013, l’année de la participation de son fils Chase au Tournoi international de hockey pee-wee, une semaine « inoubliable » durant laquelle il avait joué les guides touristiques avec les Thunderbirds du Colorado.
« Je leur ai montré les incontournables de la ville, les meilleurs endroits où manger, où on avait habité… » raconte le natif de Burnaby en Colombie-Britannique, qui, incidemment, n’a jamais vu le Centre Vidéotron.
« J’ai entendu dire que c’était magnifique », fait-il remarquer avant de demander ce qui est advenu du vieux Colisée.
Que dirait-il à ses nombreux admirateurs de Québec qui ont perdu foi de revoir un jour les Nordiques, pas ce qui en reste à Denver, mais les vrais de vrais, avec qui il a joué pendant sept ans ?
« Je ne sais pas ce qui va se passer, mais je connais assez bien la passion des gens de Québec pour dire que les partisans seraient vraiment au rendez-vous si on leur donnait une autre équipe un jour », termine Sakic.


