
Nick Suzuki a été chanceux dans sa malchance.
Mis à jour à 0 h 09
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Dans ce qui était un samedi soir pénible pour bien des joueurs du Canadien, contre les Maple Leafs de Toronto, Suzuki a perdu un bout de dent, résultat d’un coup de bâton d’Auston Matthews. Mais voilà qu’il est apparu au Centre Bell dimanche soir avec une dentition impeccable.
« Quand je suis arrivé pour me couvrir le visage, ma dent était dans la paume de ma main. Je savais qu’elle était cassée ! », a blagué le capitaine du Tricolore.
Alors dimanche matin, en revenant au Centre Bell, il était attendu par le dentiste. « On a pu la recoller, c’est réparé », s’est-il félicité.
Vingt-quatre heures après son infortune, Suzuki a livré une grande performance, ses coéquipiers aussi, et le Tricolore a défait les Rangers de New York 5-4 en prolongation.
Dans un sport où Bob Gainey a joué avec deux épaules disloquées, où Patrice Bergeron a gagné une Coupe Stanley avec des côtes fêlées, la dent cassée de Suzuki n’émouvra pas grand monde, on s’entend.
PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE
Juraj Slafkovsky a marqué le but égalisateur qui faisait 4-4 en 3e période.
Ne serait-ce que dans son propre vestiaire, Josh Anderson a dû s’absenter en deuxième période, après que son genou gauche eut plié dans le sens horaire. Même s’il a eu besoin d’aide pour marcher jusqu’au vestiaire, il n’a raté qu’une présence.
Il se blesse, on se demande tous s’il va revenir. Mais quand on entend qu’il peut revenir, et qu’il revient, c’est un boost. À sa première présence, il patine comme s’il était à 100 % !
Martin St-Louis, entraîneur-chef du Canadien
Pendant la brève absence d’Anderson, Mike Matheson a bloqué un tir de Reilly Smith. Il a eu besoin de tout son petit change pour regagner le banc, mais son sacrifice a permis de relancer l’attaque, et à Christian Dvorak de marquer. Quelques minutes plus tard, il s’offrait des manœuvres dignes de Lane Hutson pour animer l’attaque du CH. Matheson a finalement joué 26 minutes.
Horaire taxant
Ces incidents s’ajoutent à l’usure d’un groupe déjà hypothéqué. En fin d’après-midi, l’équipe ne pouvait pas même confirmer la composition de la formation en raison d’un trop grand nombre de cas incertains. Tous les joueurs attendus ont finalement enfilé l’uniforme, mais l’adrénaline qui anime ce groupe était nécessaire.
PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE
Nick Suzuki se bute au gardien Jonathan Quick.
« Je sens qu’on est assez frais et dispos, a estimé Juraj Slafkovsky. Certains soirs, tu te sens plus faible, mais 10, 12 gars se sentent mieux que toi et c’est contagieux, tu n’as pas le choix de t’activer quand tu les vois aller. »
Reste que le Canadien des dernières semaines passe la moitié de sa vie en l’air entre New York et Singapour. Le match de dimanche mettait fin à une série de 16 de suite où les Montréalais devaient voyager. Séquence qu’ils ont conclue avec une fiche de 11-4-1.
Preuve que le repos ne règle pas tout : la dernière fois qu’ils n’avaient pas eu à voyager, ils s’étaient fait rosser 9-2 par les Penguins de Pittsburgh.
Mais seulement dans la dernière semaine, ils ont disputé quatre matchs en six jours, soit deux à Montréal, un à Dallas et un à Salt Lake City. Ils ont tenu un seul entraînement, lundi, à Salt Lake ; aucune autre séance de groupe n’a eu lieu, pas même un léger entraînement matinal.
Slafkovsky assure ne pas s’ennuyer des entraînements. « J’aime les congés, a dit le jeune homme de 20 ans. On arrive au point où tout le monde est bien préparé. Évidemment, c’est bien de toucher la rondelle, mais l’important, ce sont les matchs. On essaie de se reposer le plus possible. On a des vols de quatre heures. Je ne sais pas qui a préparé notre horaire ! »
PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE
Jakub Dobes se dresse devant Filip Chytil.
Les joueurs sont évidemment dorlotés ; leurs déplacements ne se font pas exactement en classe sardine. Reste que les voyages viennent avec leurs défis, comme « les courtes nuits », a rappelé Suzuki.
Les gars sont surexcités après un match, certains ne se couchent pas avant 3 ou 4 h du matin. C’est dur sur le corps.
Nick Suzuki
C’est ce qu’on appelle, en anglais, le « grind », le marathon, pourrait-on dire. Une portion du calendrier pas facile, surtout pour les plus jeunes éléments pas encore habitués à un tel volume. On peut penser à Lane Hutson, qui avait l’air d’un joueur épuisé samedi, mais qui a rebondi dimanche. « Lane est rendu à 46 matchs, il n’est pas habitué à ça ! », a rappelé le défenseur Alexandre Carrier.
Dans le cas précis du match de dimanche, il faisait suite à une déconvenue du Tricolore face aux Leafs.
« Tu te lèves le matin, et émotionnellement, c’est : comment on a perdu cette game-là ? Mais je pense qu’on est capables de tourner la page, a souligné St-Louis. J’étais content qu’on joue aujourd’hui. On avait besoin de ça, embarquer sur la glace et se batailler pour aller chercher un résultat. On est allés le chercher ce soir, il n’y avait rien de facile. »
PHOTO DAVID KIROUAC, USA TODAY SPORTS
Les joueurs du Canadien célèbrent la victoire avec un toutou de Youppi jeté sur la glace.
Rien de facile parce que quatre fois, ils ont comblé un retard d’un but pour rester dans le coup, avant que Patrik Laine leur donne la victoire en prolongation.
« On vit des moments exigeants, et on doit gérer notre niveau d’énergie et la quantité de temps qu’on passe sur nos patins, a expliqué St-Louis. Ç’a paru dans le push en troisième. »
En hausse : Nick Suzuki
Six tirs et un but sur lequel il a provoqué l’erreur de l’adversaire. À 5 contre 5, son trio a eu l’avantage 5-0 aux chances de marquer. Une performance dominante.
En baisse : David Savard
Son temps d’utilisation fond à vue d’œil. Il a joué 12 min 10 s, abaissant pour une deuxième fois en une semaine son plus petit temps de jeu dans l’uniforme du Canadien.
Le chiffre du match : 35
Avec sa 35e passe, Lane Hutson vient à égalité avec Tom Kurvers au 2e rang pour le nombre de passes pour un défenseur recrue du Canadien en une saison. Il lui reste 36 matchs pour dépasser les 55 passes de Chris Chelios.
Dans le détail
Duel de poids lourds
Pour un match du dimanche soir, il y avait drôlement de l’électricité dans l’air, et on a su très tôt que quelque chose se passait entre Arber Xhekaj et Matt Rempe. On savait aussi que si les gants devaient tomber, ce ne serait pas doux entre ces deux colosses – 6 pi 4 po et 240 lb pour le défenseur du CH, 6 pi 9 po et 255 lb pour l’attaquant des Rangers. La cloche a finalement sonné en début de deuxième période. Xhekaj a porté les coups les plus francs, et Rempe a même paru déstabilisé par une gauche qui l’a obligé à poser un genou au sol. Il s’est toutefois relevé rapidement pour poursuivre le combat. Les bras au ciel, Xhekaj a patiné jusqu’au banc des punitions sous les hurlements de la foule… et de ses coéquipiers. « Je sautais, je frappais la bande, j’étais survolté !, a raconté Juraj Slafkovsky. Quelle bagarre ! J’étais impressionné que Rempe se relève. Moi, je serais resté par terre. » « Quand je vois les gars debout comme ça, quand ils me montrent leur reconnaissance, c’est mon moment préféré, a ajouté dit Xhekaj. Je fais ça pour eux, pour cette équipe. » Rempe a par ailleurs écopé de deux minutes additionnelles pour rudesse, ce qui a plu à l’entraîneur-chef Martin St-Louis.
Dobeš parfait (ou presque)
PHOTO DAVID KIROUAC, USA TODAY SPORTS
Jakub Dobeš a remporté un cinquième match en autant de départs.
Jakub Dobeš ne sait pas comment perdre ! Il est devenu le 13e gardien de l’histoire de la LNH, et le 5e de l’histoire du Canadien, à remporter les cinq premiers départs de sa carrière. Cela étant dit, sans rien enlever à ses superbes quatre premières performances, la cinquième l’a obligé à puiser au plus profond de lui-même. Après deux périodes, il avait accordé autant de buts dans ce match (4) qu’avant le début de celui-ci. « Ç’a été une bataille ! », a-t-il constaté, tout sourire, après la rencontre. On le sentait d’autant plus satisfait qu’il venait de gagner sous les yeux de son père, qui était dans les gradins et qu’il n’avait pas vu en personne depuis environ un an et demi. Dobeš a su racheter un début de match chancelant en se montrant intraitable en troisième période et surtout en prolongation, alors qu’il a frustré coup sur coup Vincent Trochek et Artemi Panarin. « Au hockey, rien n’est parfait, a-t-il rappelé. Je vais avoir de bons matchs, mais aussi des mauvais et des moyens. On ne peut avoir du succès chaque fois, c’est impossible. » Ça se passe, néanmoins, drôlement bien pour lui.
Beck à la dernière minute
On avait fini par se résoudre à l’idée que le Canadien vivrait et mourrait avec Michael Pezzetta et ses trois ou quatre minutes de temps de glace par joute. Or, à 17 h, le Tricolore a annoncé le rappel d’Owen Beck du Rocket de Laval. La formation qui affronterait les Rangers n’a été confirmée qu’après la période d’échauffement, à laquelle ont pris part 13 attaquants. C’est finalement Pezzetta qui a subi le couperet, et Beck a pris sa place sur le trio de Jake Evans et Joel Armia. Il a finalement joué pendant 8 min 13 s, une utilisation fort potable pour celui qui disputait un troisième match en trois jours, après un doublé avec le Rocket. Beck a livré une performance sobre et honnête, et ses entraîneurs lui ont démontré leur confiance en l’envoyant sur la patinoire après que le Tricolore eut créé l’égalité 4-4 en troisième période. À titre comparatif, au cours de ses sept derniers matchs, Pezzetta a obtenu un total de deux présences au dernier tiers. « J’ai aimé la manière dont [Beck] s’est comporté, a commenté Martin St-Louis. C’est un joueur intelligent et responsable. Je suis très content de ce qu’il a apporté ce soir. »
Simon-Olivier Lorange, La Presse


