
Gros mardi pour le tennis montréalais. C’est aujourd’hui que les employés de Tennis Canada ont leur rencontre de démarrage pour lancer le plus gros projet de la fédération depuis des décennies : construire un toit au-dessus du terrain principal du stade IGA.
Publié à 6 h 45
« Nous nous embarquons dans un projet pour lequel nous connaissons la date de début, mais pas celle de la livraison », me confie la directrice de l’Omnium Banque Nationale de Montréal, Valérie Tétreault, dans son bureau qui offre une vue en plongée sur la piscine du parc Jarry.
Vous aurez deviné que ce sera plus compliqué que d’installer une balançoire dans la cour.
Déjà, on sait qu’il y aura des enjeux techniques. Budgétaires. Politiques, aussi, avec deux élections d’ici la fin de l’année. Il faudra convaincre encore plus d’élus que ce toit n’est pas un caprice de voisin gonflable, mais bien une nécessité.
Pourquoi ?
Parce que le tournoi en souffre. C’était particulièrement évident lors des deux dernières éditions. Les averses ont bousculé les horaires jusqu’à un niveau inacceptable. En 2023, un match a pris fin au beau milieu de la nuit, vers 3 h du matin. Lludmila Samsonova a dû disputer la demi-finale et la finale le même jour, à trois heures d’écart. Vidée, elle s’est effondrée 0-6 et 1-6 dans la dernière partie du tournoi, la plus importante, celle pour laquelle les spectateurs ont payé leur entrée des centaines de dollars.
PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE
Séance interrompue par la pluie, l’été dernier, à l’Omnium Banque Nationale
Rebelote l’été dernier, avec les hommes. Le favori, Jannik Sinner, a été contraint de disputer deux matchs la même journée. Son tournoi s’est arrêté là. La finale a dû être reportée du dimanche au lundi. À travers ça, tant de matchs interrompus par de longues pauses en raison de la pluie.
Les femmes seront de retour à Montréal cette année, et les hommes joueront à Toronto.
« Dans les deux dernières années, beaucoup de gens ont acheté des billets pour l’Omnium, se sont déplacés et ont vu peu de tennis, reconnaît Valérie Tétreault. Ils ont vu des petits moments de matchs entrecoupés d’averses. Ce n’est pas une super expérience. En 2024, c’était frappant d’entendre les joueurs nous demander si c’était dans nos plans de construire un toit au-dessus du terrain principal. »
La fédération masculine, l’ATP, a ensuite sondé les joueurs sur la qualité des infrastructures des tournois de la série Masters 1000, dont l’Omnium Banque Nationale fait partie. Résultat : Montréal s’est classé au dernier rang.
« Oui, ça pince », convient Valérie Tétreault.
PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE
La directrice de l’Omnium Banque Nationale de Montréal, Valérie Tétreault
On veut s’assurer de garder notre statut. C’est important pour attirer la crème de la crème. À Montréal, il n’y a plus une tonne d’évènements d’envergure. Malheureusement, c’est quand il est trop tard qu’on commence à réfléchir à ce qu’on aurait dû faire pour préserver nos acquis. Là, on préfère y penser maintenant avant qu’il ne soit trop tard.
Valérie Tétreault, directrice de l’Omnium Banque Nationale de Montréal
D’où les travaux, qui commencent ce mardi. Ne cherchez pas les grues et les échafaudages, il n’y en a pas. Tennis Canada est encore à l’étape de l’idéation. On sait qu’il faut faire des rénos. Lesquelles ? Quand ? Comment ? Qui va payer ? Combien ? Ce sont les questions auxquelles Valérie Tétreault et son équipe cherchent les réponses.
Ce qu’on sait déjà, c’est que le stade n’est pas suffisamment solide pour soutenir un toit rétractable. La structure devra être autoportante. Ce qu’on ne sait pas, c’est l’état de la partie sud du stade. Celle située sous la galerie de presse. Elle est plus vétuste que les autres sections. « On essaie de comprendre sa durée de vie réelle », explique Valérie Tétreault. S’il faut la rénover, le projet coûtera évidemment plus cher.
Pour le moment, ni l’ATP ni la WTA n’exigent un nouveau toit. Par contre, l’ATP réclame plus de terrains d’entraînement. C’est raisonnable ; le nombre de joueurs en simple passera de 56 à 96 dès cette année.
Tennis Canada songe à en construire sur l’esplanade où sont situés les kiosques des commanditaires. Cette place festive serait déplacée ailleurs sur le site. D’ici là, la fédération souhaite offrir aux joueurs la possibilité de s’entraîner au parc Jeanne-Mance, au pied du mont Royal. Une carte postale spectaculaire, où Valérie Tétreault aimerait présenter un match de qualifications. Des discussions sont en cours avec la Ville de Montréal, propriétaire du site.
« Lorsque Félix [Auger-Aliassime] était de passage à Montréal, en décembre, nous sommes allés prendre un café, raconte Valérie Tétreault. Je voulais savoir si les joueurs sont réticents à s’entraîner sur un site satellite. Il m’a répondu que lui-même s’entraînait souvent sur un site secondaire, car il a plus de chances d’avoir un terrain pour lui seul, et de pratiquer plus longtemps. »
Plein de beaux projets – que Tennis Canada devra chiffrer.
Après, la fédération devra convaincre les élus de financer une partie du chantier. Valérie Tétreault sent « une ouverture », tant à Montréal qu’à Québec et à Ottawa.
« Québec nous dit, avec raison, qu’il n’a pas reçu de demande officielle. La balle est dans notre camp. Lorsque le ministre Pierre Fitzgibbon était encore là, il disait être prêt à nous écouter. Le discours de François Legault faisait une corrélation avec les Nordiques et les Expos. Faisons en sorte qu’on ne perde pas un tournoi comme celui-ci. Pour moi, c’est positif », indique Valérie Tétreault.
Sauf qu’au fédéral et au municipal, on se dirige vers deux élections dans les prochains mois. Si les partis au pouvoir sont renversés, le démarchage sera à refaire. Lors de son dernier passage au pouvoir, le Parti conservateur s’était opposé au financement public des stades pour le sport professionnel. D’ailleurs, il n’avait pas participé au montage financier du Centre Vidéotron, à Québec. En 2019, par contre, le parti n’avait pas fermé la porte à une contribution pour la construction d’un nouveau stade de baseball à Montréal.
« Dans le contexte politique actuel, ça se peut qu’on doive recommencer nos démarches quelques fois, explique Valérie Tétreault. On veut aller chercher des alliés. On connaît aussi l’échéance au municipal. Il faut avancer rapidement. Plus on a d’ouverture, plus il faut en faire maintenant. » D’où son souhait de terminer la planification du projet avant la prochaine édition du tournoi, en août.
Ce n’est pas le seul gros projet sur lequel travaille Tennis Canada. J’en parlais tantôt, l’Omnium Banque Nationale prendra du coffre. Le tableau en simple passera de 56 à 96 joueurs. Les matchs s’étaleront sur 12 jours. Une superbe occasion pour promouvoir davantage le tennis au pays.
La vente d’abonnements se déroule très bien, assure Valérie Tétreault. « C’est rassurant pour la transition vers le nouveau format. »
« Notre plus gros risque, c’est notre signature. À Montréal, nous sommes reconnus pour nos gradins qui sont pleins dès le premier jour du tableau principal. Ce qui me fait le plus peur, c’est qu’avec l’ajout de séances, il faudra réussir à aller chercher de nouveaux clients. Il faudra aussi convaincre ceux qui viennent déjà d’assister à une ou deux séances de plus. »
Autrement, Montréal accueillera la fin de semaine prochaine un match de la Coupe Davis entre le Canada et la Hongrie. Et comme si la coupe n’était pas déjà pleine, la fédération planche aussi sur un nouveau tournoi masculin pour la ville de Québec. Un Challenger 125 ou 175, qui serait présenté en août.
« On est dans les premières conversations avec l’ATP, indique Valérie Tétreault. C’est une nouvelle opportunité rendue possible par le nouveau format [des tournois sur deux semaines]. Cincinnati commencera son tournoi principal le jeudi. La semaine suivante, les joueurs éliminés lors des deux premiers tours pourraient chercher un tournoi avant New York. Il y a un beau projet au PEPS de l’Université Laval en ce moment. On regarde pour voir si ce serait possible d’y organiser un tournoi. »
Gros mardi, disais-je.
Mais surtout, grosse année pour le tennis à Montréal.


