Si le bilan de la CAN 2025 laissait déjà planer un doute sur sa légitimité, c’est aujourd’hui un véritable brouillard institutionnel qui enveloppe son avenir. Entre une direction aux abonnés absents et un calendrier international qui se rapproche, le technicien belge se retrouve dans la position inconfortable d’un entraîneur qui ne sait même plus s’il doit préparer ses valises pour le prochain rassemblement ou pour un départ définitif.
La stupeur a atteint son paroxysme lors d’un entretien avec la RTBF, où Saintfiet est apparu totalement déconnecté de la réalité de ses employeurs. C’est en direct, smartphone à la main, qu’il a découvert l’ampleur du désastre : « Je découvre sur internet que toute la Fédération malienne a démissionné, mais personne ne m’a rien dit ! », s’est-il exclamé. Cette déconnexion totale entre le terrain et les bureaux souligne l’isolement d’un staff technique abandonné à son sort, apprenant les séismes politiques de son propre milieu par la presse internationale.
Ce vide soudain au sommet de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) n’est que le point culminant d’une déliquescence amorcée depuis longtemps. Le départ en cascade des membres du comité exécutif a laissé l’institution décapitée, incapable de communiquer avec son sélectionneur. Ce chaos organisationnel, qui semble être devenu la marque de fabrique du football malien ces dernières années, paralyse toute velléité de projet sportif cohérent pour les Aigles.
À cette crise de gouvernance s’ajoute un volet financier tout aussi accablant. Saintfiet a profité de cette tribune pour dénoncer des conditions de travail précaires, révélant qu’il n’avait jamais perçu son salaire de manière régulière depuis son arrivée il y a dix-huit mois. Le sélectionneur a décrit un système humiliant où son agent doit intervenir tous les cinq mois pour « obtenir des tranches », prouvant que les promesses contractuelles ne pèsent pas lourd face aux réalités économiques de la fédération : «Je n’ai jamais été payé normalement tous les 5 mois, mon agent les appelle pour obtenir les tranches. » a-t-il déclaré.
Ce tableau noir n’est pas sans rappeler les déboires d’Eric Chelle, l’ancien coach national, qui avait déjà subi de plein fouet ces dysfonctionnements chroniques. Aujourd’hui, le Mali semble prisonnier d’un cercle vicieux où l’instabilité administrative et les impayés empêchent toute progression durable. Sans un assainissement radical de ses structures, la sélection malienne risque de voir ses ambitions sportives s’effondrer sous le poids d’une gestion devenue illisible.


