
Wyatt Sanford avait plusieurs offres sur la table. Il aurait très bien pu choisir de s’expatrier pour amorcer sa carrière de boxeur professionnel. Mais dans son esprit, il n’y avait aucun doute : c’est au Canada, et avec Eye of the Tiger Management (EOTTM), qu’il voulait faire le grand saut.
Publié à 15 h 49
D’une part, parce que ça lui permettra de se battre devant sa famille, ses amis et ses compatriotes canadiens. Ce qu’il n’a pas souvent eu l’occasion de faire, alors qu’il parcourait les diverses compétitions nationales et internationales. Mais surtout, il s’est reconnu dans les valeurs et les méthodes du promoteur québécois.
« La loyauté et la confiance, ce sont des choses très importantes pour moi. Et la façon dont Eye of the Tiger traite ses boxeurs, ça en dit beaucoup sur eux à cet égard », explique le nouveau tigre en entrevue avec La Presse.
Ainsi, quand l’entreprise l’a contacté, Sanford n’a plus jamais songé à regarder ailleurs. Le mariage entre le boxeur et EOTTM a finalement été confirmé mercredi matin.
« Plusieurs promoteurs de partout dans le monde étaient très intéressés », confirme le président d’EOTTM, Camille Estephan, qui parle d’une « très belle prise » pour son organisation. « Il sait qu’on se bat pour nos boxeurs de la même façon qu’eux se battent dans le ring », ajoute-t-il.
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Camille Estephan, président d’Eye of the Tiger Management
Le pugiliste néo-écossais de 26 ans, qui s’entraîne à Montréal depuis 2017, se décrit comme un spécialiste de la contre-attaque, qui aime travailler la distance dans l’arène et qui perçoit un combat de boxe comme « un intense match d’échecs ».
Il se battra chez les 135 ou les 140 lb, et sera entraîné par Vincent Auclair, qu’il a côtoyé lorsque celui-ci est devenu co-entraîneur-chef de l’équipe nationale canadienne de boxe.
« Ce que j’aime de Vince, c’est la communication, décrit Sanford. Il n’est pas du genre à dire de façon unilatérale : fais ceci, ne fais pas ça. Nous avons le même plan de match et nous sommes en constante communication afin de trouver la façon optimale de gagner. »
« Fait pour les pros »
Sanford a notamment fait parler de lui en remportant le bronze aux Jeux olympiques de Paris, en août dernier. C’était la première fois depuis les Jeux d’Atlanta, en 1996, qu’un boxeur canadien décrochait une médaille olympique. Le reste de son CV est tout aussi bien garni. Citons entre autres l’or aux Jeux panaméricains en 2023, le bronze aux Jeux du Commonwealth en 2022 ainsi que quatre titres aux championnats canadiens juniors.
Depuis le passage de Tammara Thibeault chez les professionnels, le jeune homme était sans contredit le plus bel espoir de la boxe amateur canadienne. Et sa performance historique à Paris a suscité une curiosité internationale à son égard.
L’entraîneur-chef et directeur du développement d’Eye of the Tiger, Marc Ramsay, a donc été particulièrement actif au cours des derniers mois afin de boucler l’entente avec Sanford.
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Wyatt Sanford (à droite) célèbre sa médaille de bronze lors des Jeux olympiques de Paris.
« Il aurait pu signer aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Ça prouve qu’Eye of the Tiger a beaucoup à offrir à la boxe professionnelle », s’est félicité Estephan.
L’attention que portait le promoteur à Sanford ne date pas uniquement de l’été dernier, par ailleurs. « Même avant les Jeux olympiques, on voyait qu’il était fait pour les pros, relate Estephan. Il a une grande force de frappe, mais il a aussi un style qui est vraiment fait pour les rangs professionnels. Et il est souvent le plus efficace vers la fin de ses combats. »
En plus, c’est un gars d’ici. On veut les meilleurs au monde, mais on est toujours très excités quand c’est quelqu’un de chez nous. Il peut assurément devenir une vedette.
Camille Estephan
Rien n’est encore coulé dans le béton, mais il y a fort à parier que Sanford effectuera ses débuts professionnels lors d’un gala qu’Eye of the Tiger présentera en avril. Sinon le 14 mars, en sous-carte du duel qui opposera Erik Bazinyan et Steven Butler au Théâtre St-Denis.
Tant Estephan que Sanford s’attendent à ce qu’une certaine période de transition soit nécessaire pour que le passage des rangs amateurs au monde professionnel s’effectue en douceur. Mais de l’avis du principal intéressé, ce n’est pas dans le ring, ni même dans le gymnase, que le changement le plus important se fera sentir.
« Je suis un gars qui est joyeux dans la vie, alors je n’ai pas hâte au face-à-face [en conférence de presse] ! Je sais que je vais me mettre à sourire en fixant l’autre gars dans les yeux », lance-t-il en riant.
Il assure toutefois que « quand la cloche sonne, [il] devient un furieux boxeur dans le ring ». Nul doute que ses nouveaux patrons et ses futurs partisans ont hâte de le voir passer de la parole aux actes.


