Crédit photo : Wikimedia Commons, auteur user:Zntrip (CC BY-SA 4.0)
Onze jours nous séparent du coup d’envoi. Dix sélections africaines sont attendues sur les pelouses des États-Unis, du Canada et du Mexique. Jamais le continent n’avait envoyé une telle délégation à un Mondial. Derrière le chiffre, une carte qui se redessine.
Le fait : un record assumé
Pour la première fois de l’histoire, dix nations de la Confédération africaine de football (CAF) participeront à une Coupe du Monde, du 11 juin au 19 juillet 2026. Neuf d’entre elles ont validé directement leur billet à l’issue des qualifications de groupe, conclues entre septembre et octobre 2025 : Maroc, Sénégal, Algérie, Tunisie, Égypte, Côte d’Ivoire, Ghana, Cap-Vert et Afrique du Sud. La dixième, la République démocratique du Congo, est passée par les barrages intercontinentaux et s’est imposée face à la Jamaïque en avril 2026.
Ce contingent inédit est la conséquence directe de l’élargissement du tournoi à 48 équipes décidé par la FIFA. L’Afrique passe ainsi de cinq représentants (entre 1998 et 2022) à dix. Deux absences notables, cependant, sautent aux yeux : le Cameroun et le Nigeria, deux puissances historiques du football continental, regarderont la compétition depuis chez elles.
La lecture : ce que ce chiffre dit vraiment
Doubler la représentation africaine ne fait pas mécaniquement de l’Afrique une favorite. Il faut le dire calmement. L’élargissement à 48 équipes ouvre la porte à des sélections qui auraient été exclues sous l’ancien format — et c’est très bien ainsi. Le Cap-Vert, l’Afrique du Sud post-Bafana de 2019, la RD Congo revenue par la fenêtre des barrages : ces présences racontent une chose nouvelle. L’Afrique n’est plus représentée seulement par ses cinq nations « habituelles ». Elle l’est désormais par sa diversité.
Mais le revers est tout aussi instructif. L’absence du Cameroun et du Nigeria — deux pays dont les sélections ont sculpté l’imaginaire mondial du football africain, des Lions Indomptables de 1990 aux Super Eagles d’Atlanta 1996 — rappelle que la qualification n’est jamais acquise. Les Nigérians ont buté sur le RD Congo en barrage final africain. Les Camerounais sont sortis dès la phase de groupes CAF. Deux signaux. Une même question : que disent ces échecs sur la gouvernance et la formation dans ces deux fédérations ?
Le tirage : un parcours relevé pour la plupart
Le tirage au sort du 5 décembre 2025 à Washington n’a fait de cadeau à personne. Le Maroc défie le Brésil dans le groupe C. Le Sénégal retrouve la France dans le groupe I — un écho à 2002 qu’aucun Sénégalais n’oublie. L’Algérie hérite de l’Argentine, championne en titre. Le Ghana croise l’Angleterre et la Croatie. La Côte d’Ivoire affrontera l’Allemagne. Aucune sélection africaine n’a tiré un groupe « ouvert » au sens où on l’entend habituellement. Pour beaucoup, sortir des poules sera déjà un exploit.
La perspective : la maturité plutôt que l’euphorie
Dix équipes africaines, c’est une fierté légitime. Mais c’est aussi un test. Test pour la CAF, dont la crédibilité institutionnelle se jouera sur les performances de ses sélections face aux puissances européennes et sud-américaines. Test pour les fédérations nationales, qui doivent prouver qu’elles savent organiser une préparation digne d’un tournoi mondial. Test, enfin, pour les sélectionneurs — car au-delà des stars individuelles (Hakimi, Mané, Salah, Mahrez, Hakim Ziyech, Iliman Ndiaye), ce qui distingue les nations qui passent les poules de celles qui rentrent à la maison, c’est presque toujours la qualité du collectif et la sérénité du staff.
Il y a vingt ans, en 2006, le Ghana atteignait les huitièmes. En 2010, les Black Stars frôlaient les demi-finales — un Suarez et un poteau plus loin. En 2022, le Maroc a écrit une page d’histoire en atteignant le dernier carré, premier pays africain et arabe à le faire. Le palier suivant est connu de tous : la finale. Aucune sélection africaine n’y a jamais joué. La question n’est pas de savoir si une équipe africaine peut le faire en 2026. La question est de savoir laquelle s’en approchera le plus, et avec quel projet de jeu derrière son drapeau.
Pour l’instant, on peut au moins dire ceci : dix drapeaux, c’est dix chances. Et c’est, surtout, dix manières de raconter l’Afrique au monde pendant quarante jours.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 1er juin 2026


