![]()
Pour la première fois, dix sélections africaines sont présentes à la Coupe du monde 2026. Avec quelles ambitions ? Derrière les matchs de prestige comme Brésil-Maroc et France-Sénégal, le destin du football continental ne se jouera pas seulement lors des matchs auxquels on pense…
Le football africain n’a jamais eu autant le vent en poupe, et c’est magnifique. Entre le parcours historique du Maroc jusqu’en demi-finales de la Coupe du monde 2022, les dix billets dont dispose pour la première fois le continent au Mondial 2026 et les records de recettes et de retransmission battus à l’occasion de la CAN 2025 : la période est faste pour le football africain, qui bénéficie enfin de l’exposition longtemps rêvée par ses amoureux.
Mais, attention, sans vouloir jouer les esprits grincheux ou rabat-joie, il ne faudrait pas que cet optimisme – justifié – se transforme en douche froide à l’occasion de la Coupe du monde 2026. Expliquons-nous.
0/5 en 2018, le Maroc arbre qui cache la forêt en 2022 : rappelons-nous d’où l’on part
D’abord, il convient de rappeler d’où part le football africain : en 2018, aucun des cinq représentants du continent n’avait réussi à s’extraire de la phase de groupes. En 2022, hormis le Maroc, le seul à y parvenir avait été le Sénégal, surclassé 3-0 par l’Angleterre en 8es de finale. Bien entendu, les mentalités ont évolué entretemps, le plafond de verre est tombé, le nombre de représentants a doublé et le niveau s’est amélioré, comme en atteste la revanche des Lions 3-1 face aux Three Lions l’été dernier.
Moussa Niakhaté face à Harry Kane lors du match Angleterre-Sénégal. Crédits photo : PA Images / Icon Sport
Évidemment, il est très tentant de penser que l’échiquier du football mondial a été bouleversé en un coup de baguette magique suite à l’épopée marocaine de 2022. Mais attention tout de même à ne pas aller trop vite en besogne. Les probabilités de qualification du superordinateur d’Opta et les cotes Coupe du monde des bookmakers nous rappellent que les sélections africaines sont loin d’être considérées comme des favoris en puissance.
Bien sûr que les têtes d’affiche comme le Sénégal et le Maroc ont les arguments nécessaires pour rêver d’une belle épopée. Mais le bilan africain de la Coupe du monde ne se jugera pas seulement à l’aune du parcours de ses deux locomotives. Ce qui comptera aussi, ce sera le nombre de qualifiés africains en 16es de finale, 8es puis quarts de finale, et le résultat des matchs opposant nos représentants à des sélections à leur portée sur le papier.
L’anomalie à corriger : l’Afrique ne devance pas l’Asie au bilan des confrontations directes
Il ne s’agit pas de jouer petit bras mais de rappeler l’état du rapport de force : à l’heure actuelle par exemple, en 16 confrontations contre des sélections asiatiques au Mondial, l’Afrique ne peut même pas se targuer de posséder un bilan positif : cinq victoires partout et six nuls. Une stat qui permet de rappeler où se situeront les priorités.
A cet égard, si des affiches comme Maroc-Brésil, Sénégal-France, Algérie-Argentine ou encore Allemagne-Côte d’Ivoire retiennent toute l’attention, il y aura aussi d’autres matchs, nettement moins médiatisés, qui compteront tout autant au moment de réaliser le bilan africain de ce Mondial.
Prenons l’Algérie par exemple, une équipe dont on a un peu de mal à situer le niveau dans le groupe J. Séduisants en phase de groupes de la dernière CAN, très décevants en quarts de finale contre le Nigeria (0-2) puis récemment vainqueurs des Pays-Bas en préparation (1-0), les Fennecs semblent capables du pire comme du meilleur.
En partant du principe que l’Argentine est au-dessus du lot, le destin de la bande à Vladimir Petkovic devrait se jouer d’abord contre la Jordanie, et lors de la dernière journée face à l’Autriche. L’Algérie est-elle meilleure qu’une sélection asiatique de second rang ? On ose l’espérer. Est-elle aussi supérieure à une sélection européenne de “seconde zone” ? On aime aussi à le croire.
Anis Hadj Moussa buteur contre les Pays-Bas. Crédits photo : ANP / Icon Sport
RDC – Ouzbékistan, Cap-Vert – Arabie Saoudite : ces matchs où le Mondial se jouera vraiment
C’est en ce sens que ces deux matchs seront riches en enseignements et permettront de jauger la place réelle des Fennecs sur l’échiquier mondial. Le révélateur sera valable non seulement pour l’Algérie, mais aussi pour la RD Congo face à l’Ouzbékistan, l’Egypte contre l’Iran, pour le Ghana face au Panama, ou encore pour le Cap-Vert face à l’Arabie Saoudite. Ce seront là aussi des matchs parmi les plus importants du premier tour pour l’Afrique. Et tout ça en partant du principe que la Côte d’Ivoire contre Curaçao et l’Egypte face à la Nouvelle-Zélande, largement favoris sur ces rencontres, ne nous décevront pas, tout comme les têtes d’affiche sénégalaise contre la Norvège et marocaine face à l’Ecosse.
Les 6 matchs où l’Afrique jouera aussi son destin à la Coupe du monde 2026
- Ghana – Panama : 18 juin
- Jordanie – Algérie : 23 juin
- Cap-Vert – Arabie saoudite : 27 juin
- Égypte – Iran : 27 juin
- Algérie – Autriche : 28 juin
- RDC – Ouzbékistan : 28 juin
Les matchs où l’Afrique devra créer la surprise
- Brésil – Maroc
- Côte d’Ivoire – Équateur
- France – Sénégal
- Argentine – Algérie
- Côte d’Ivoire – Allemagne
- RDC – Portugal
- RDC – Colombie
- Égypte – Belgique
- La Tunisie –contre la Suède, les Pays-Bas et le Japon
- Angleterre – Ghana
- Ghana – Croatie
- Cap-Vert – Espagne
- Cap-Vert – Uruguay
- L’Afrique du Sud contre la Tchéquie et la Corée du Sud
Les matchs où l’Afrique part favorite
- Maroc – Écosse
- Maroc – Haïti
- Sénégal – Norvège
- Sénégal – Irak
- Côte d’Ivoire – Curaçao
- Égypte – Nouvelle-Zélande
Si l’Afrique sort vainqueur de la majorité de ces confrontations, avec pourquoi pas quelles bonnes surprises en prime face à des favoris, elle pourra s’assurer un nombre intéressant de qualifiés en 16es de finale. Elle prouvera aussi qu’elle a définitivement progressé depuis 2018 et que l’époque où l’Iran écoeurait le Maroc à la 95e minute et où le Sénégal se faisait éliminer par le Japon au classement du fair-play est révolue et qu’elle a définitivement devancé l’Asie et les nations européennes hors top 10.
Les victoires lors des matchs de préparation de l’Algérie contre les Pays-Bas, de la Côte d’Ivoire face à l’équipe de France ou encore du Cap-Vert 3-0 contre la Serbie ont aiguisé l’appétit, mais d’autres résultats ont pu semer le doute, à l’image de la préparation ratée du Sénégal, du nul du Maroc contre la Norvège ou encore du 5-0 concédé par la Tunisie face à la Belgique. Alors, reste à confirmer toutes les bonnes dispositions entrevues ces dernières années au moment où ça compte vraiment, au Mondial.


