Il y a des soirs où le football africain regarde le tableau d affichage et se dit : « Nous y étions presque. » Le 17 juin 2026 à Kansas City n était pas un soir comme les autres. C était un soir où Lionel Messi, 38 ans, 200 sélections, a réécrit l histoire de la Coupe du Monde sous les yeux incrédules de l Algérie.
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3-0. Un triplé. Le premier hat-trick de la carrière de Messi en Coupe du Monde. Et un record égalé : 16 buts en phase finale, à égalité avec Miroslav Klose. Mais par-delà les chiffres, ce match pose une question fondamentale pour le continent africain : quand un monstre sacré du football mondial décide d écrire l un des plus beaux chapitres de sa légende, que peuvent faire les nations africaines ?
Kansas City, la nuit où Messi est devenu Messi (une fois de plus)
17e minute. Le premier but arrive comme une promesse — une combinaison rapide dans l axe, Messi qui décroche, une feinte de corps, et la frappe croisée qui trompe Luca Zidane. 1-0.
60e minute. Le deuxième est une leçon de placement — le numéro 10 argentin anticipe une déviation, contrôle de la poitrine, et enchaîne une demi-volée qui trouve le petit filet opposé. 2-0. La défense algérienne est spectatrice.
76e minute. Le troisième est un chef-d œuvre absolu. Parti de l axe, Messi combine avec Nico Gonzalez, reçoit dos au but, se retourne et enroule une frappe imparable du gauche. 3-0. Arrowhead Stadium s arrête de respirer.
Quand Messi est sorti à la 80e minute, remplacé par Nico Paz, les 76 000 spectateurs se sont levés. Même les supporters algériens ont applaudi. Parce que le génie ne connaît pas de frontières.
Le fait — Messi 16, et après ?
Ce triplé propulse Messi en haut du classement des buteurs de l histoire de la Coupe du Monde :
- Miroslav Klose — 16 (Allemagne, 2002-2014)
- Lionel Messi — 16 (Argentine, 2006-2026)
- Gerd Müller — 14 (Allemagne, 1970-1974)
- Just Fontaine — 13 (France, 1958)
- Pelé — 12 (Brésil, 1958-1970)
Messi rejoint Klose à 16 buts. Mais Klose les a marqués sur 24 matchs de Coupe du Monde (quatre éditions). Messi les a marqués sur 27 matchs (six éditions). La différence est minime. Ce qui ne l est pas, c est l impact : Messi est le premier joueur de l histoire à atteindre ce total en ayant débuté sa carrière mondiale par une finale perdue (2014) et deux éditions sans marquer (2006, 2010).
Il faut aussi mesurer la performance algérienne. Les Verts ont tenu 17 minutes avant de craquer. C est mieux que beaucoup d équipes européennes. Mais le football ne se joue pas à « avoir bien tenu ».
La perspective — Ce que ce match dit de l Afrique en 2026
Dix nations africaines participent à cette Coupe du Monde. C est un record. Mais le chemin est encore long. Les premiers matchs du continent :
- Côte d Ivoire — victoire ✅
- Maroc — nul prometteur ✅
- Égypte — nul solide ✅
- Cap-Vert — nul historique ✅
- Sénégal — défaite honorable contre la France ❌
- Algérie — défaite contre l Argentine ❌
- Tunisie, Ghana, Afrique du Sud, RD Congo — à jouer
Le bilan est encourageant mais fragile. Les grandes nations africaines (Sénégal, Algérie) ont perdu contre les favoris. Les petites (Cap-Vert) ont accroché des points. C est une photo fidèle du football africain en 2026 : compétitif, en progression, mais pas encore au niveau des toutes meilleures.
Je pense à ce match amical du 5 juin 2007, la seule autre confrontation entre l Algérie et l Argentine. Messi, 19 ans, y avait signé son premier doublé en sélection. Dix-neuf ans plus tard, à Kansas City, il a bouclé la boucle avec un triplé. Les deux fois, c était contre l Algérie.
Le football africain doit transformer cette constance en leçon. Ce n est pas un hasard si Messi inscrit ses plus grandes performances contre des équipes africaines. Ce n est pas une malédiction. C est un symptôme.
L Afrique produit des talents bruts exceptionnels. Mais face aux génies du football mondial, le continent manque encore de cette arrogance tranquille, de cette science du moment décisif qui transforme une belle action en but, une bonne occasion en victoire.
L Algérie a deux matchs pour se rattraper. Le Japon et la Nouvelle-Zélande. Avec quatre meilleurs troisièmes qualifiés, tout reste possible. Mais le temps des regrets est passé. Il est temps de jouer.
— Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 17 juin 2026


