Face à l’ogre portugais, la presse sportive de la République Démocratique du Congo oscille entre immense fierté, réalisme tactique et un brin d’audace. Pour ce grand retour sur la scène mondiale après 52 ans d’absence, les principaux analystes du pays décortiquent les forces en présence et posent les bases de ce qui s’annonce comme un combat dantesque sur la pelouse de Houston.
Pour Emery Kabongo, rédacteur en chef du média Léopard Leader, la clé de ce match résidera avant tout dans la discipline collective et l’exploitation des contres. Tout en saluant le parcours des fauves, il rappelle que la RDC avance sans pression excessive : « La RDC arrive avec beaucoup d’enthousiasme mais également le statut d’outsider. Les hommes de Sébastien Desabre ont réussi l’exploit de se qualifier pour leur deuxième Coupe du monde de l’histoire après un parcours remarquable. Cependant, on devrait s’attendre à un système habituel comme face aux grandes équipes, bloc bas compact puis des transitions rapides en contre-attaque. »
De son côté, Jenovic Mbowa de la Radio Top Congo met l’accent sur la prudence affichée par le staff technique à la découverte de la composition officielle. Selon lui, ce choix d’un 3-5-2 compact a déjà fait ses preuves et offre des garanties de sécurité : « Le sélectionneur des Léopards a décidé de jouer avec prudence en débutant avec un bloc relativement bas, un peu comme lors de la rencontre face au Danemark. Nous verrons ce que cela donnera sur le terrain, mais le point positif est que ce système a souvent apporté de la solidité défensive. On se souvient notamment du match contre le Togo lors des éliminatoires du Mondial, mais aussi de la rencontre disputée à Orléans pendant le rassemblement, où les Léopards avaient évolué en 3-5-2 sans encaisser le moindre but. » Conscient de l’adversité, il ajoute avec lucidité : « Je ne dis pas que ce sera forcément le cas face au Portugal, mais on sent que Sébastien Desabre cherche avant tout à se rassurer défensivement et à limiter les dégâts. Avec un joueur comme Meschack Elia en pointe, la RDC pourra s’appuyer sur sa vitesse pour exploiter les contre-attaques et tenter de surprendre les Portugais. Je ne donne pas beaucoup de chances aux Léopards dans cette rencontre, mais un match nul serait déjà un résultat positif pour la RDC à l’occasion de son grand retour à la Coupe du monde, 52 ans après sa dernière participation. »
Une posture plus conquérante est partagée par Gede Luiz Kupa, chef sport à 7sur7 et éditeur à Leopard Leader Foot, qui en appelle à la grinta et à la résilience historique de cette génération. Pour lui, ce match est avant tout une opportunité d’écrire une page mémorable, peu importe le nom de l’adversaire : « On n’a pas attendu 52 ans pour venir paniquer aujourd’hui. Personne ne nous avait forcé à chercher à tout prix cette qualification au mondial. Heureusement pour nous, le passage par des barrages et tout ce qui a précédé cette qualification a forgé l’état d’esprit de nos Léopards qui semblent de plus en plus grandir en maturité et en résilience. Voici l’occasion d’écrire l’histoire et de lancer un message fort. On ne vous demande pas de dominer le Portugal, mais juste de sortir un match de malade du début à la fin. Qu’importe le résultat, c’est la façon dont vous allez défendre nos couleurs qui va compter. L’adrénaline monte certes, mais on sait tous au fond de nous ce que vous êtes capables de faire lorsque vous êtes déterminés ! Aucune montagne n’est insurmontable… »
Désiré Rex Owamba, journaliste pour Congo Profondnet, abonde dans ce sens en balayant d’un revers de main les complexes d’infériorité face aux stars européennes. Il rappelle que la vérité du football moderne se trouve sur le rectangle vert et que la proximité des joueurs dans les championnats européens équilibre le rapport de force : « La RD Congo retrouve la Coupe du Monde après 52 ans d’absence, un moment historique pour les Léopards. Face au Portugal, une nation du top 5 mondial avec des joueurs de très haut niveau et un Ronaldo en quête des 1000 buts, la RDC aura un grand défi. Mais dans le football moderne, les noms ne gagnent pas les matchs : tout se joue sur le terrain. Les deux équipes se connaissent à travers leurs joueurs évoluant en Europe, et les Léopards peuvent créer la surprise dans ce grand rendez-vous. »
Enfin, Divin Ngalamulume de GoSport pose une analyse tactique globale mettant en opposition l’éclat des individualités de la Seleção face au bloc solidaire de la RDC. Tout en désignant logiquement le Portugal comme favori, il trace la feuille de route d’un exploit possible pour les Congolais : « Le Portugal possède sans doute l’un des effectifs les plus complets de cette Coupe du monde. Avec un milieu de terrain composé de Bruno Fernandes, Vitinha, Bernardo Silva et João Neves, la Seleção allie maîtrise technique, expérience et capacité à se créer de nombreuses occasions. Derrière, Rúben Dias et Nuno Mendes apportent de la solidité, tandis que Cristiano Ronaldo demeure une menace permanente malgré ses 41 ans. La RDC présente un profil différent : moins de stars, mais un collectif discipliné et bien organisé sous Sébastien Desabre. Les Léopards se distinguent par leur rigueur défensive et leurs transitions rapides, portées par des joueurs comme Yoane Wissa, Noah Sadiki, Chancel Mbemba ou Aaron Wan-Bissaka. Face au Portugal, ils devront défendre en bloc, fermer les espaces et exploiter la vitesse de Wissa, Elia ou Bakambu pour espérer créer la surprise. Mais, dans l’ensemble, la Seleção part favorite pour remporter ce match. Une victoire des Léopards, voire même un match nul, constituerait une surprise à mes yeux. »
En somme, qu’il s’agisse de prudence tactique ou d’un élan de pure détermination, la presse sportive congolaise s’accorde sur un point, ce face-à-face contre le Portugal dépasse le simple cadre d’un match de football. Pour son retour sur la scène mondiale après 52 ans de patience, la République Démocratique du Congo s’offre un révélateur prestigieux où la discipline collective des Léopards et l’unité de tout un peuple seront leurs meilleures armes. Face aux stars de la Seleção, les hommes de Sébastien Desabre ont désormais rendez-vous avec leur histoire, prêts à prouver sur le rectangle vert du NRG Stadium qu’aucune montagne n’est définitivement insurmontable.


