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Le match de la Coupe du monde 2026 opposant l’Algérie à l’Autriche, dans la nuit de samedi à dimanche, va réveiller les souvenirs douloureux du “match de la honte” Allemagne-Autriche de 1982 du côté des Fennecs.
Tout commence par un excès de confiance. Pour la Coupe du monde 1982, la Mannschaft débarque en Espagne auréolée de récents titres, dont celui de champion du monde 1974 et d’Europe 1974. Paul Breitner, Karl-Heinz Rummenigge, Lothar Matthäus : l’effectif respire la puissance, et cette puissance se transforme rapidement en condescendance à l’approche du premier match de groupe contre l’Algérie, le 16 juin à l’Estadio El Molinón.
Les propos tenus en conférence de presse resteront dans les mémoires pour de mauvaises raisons. « Nous dédierons notre septième but à nos femmes et le huitième à nos chiens », plaisante un joueur. Le sélectionneur Jupp Derwall, assure lui qu’il « prendra le premier train pour Munich » en cas de défaite.
Sur le papier, ce mépris s’appuie sur des statistiques : aucune sélection africaine n’avait alors jamais franchi le premier tour d’une Coupe du monde, et l’Algérie alignait quinze joueurs évoluant encore dans leur championnat national – une conséquence directe d’une règle interdisant aux footballeurs algériens de partir à l’étranger avant 28 ans.
Ce que l’encadrement allemand n’avait pas anticipé, en revanche, c’est la forme du moment. Avant le Mondial, les Fennecs avaient enchaîné des résultats probants face à la République d’Irlande, au Real Madrid et à Benfica.
L’exploit de l’Algérie contre la RFA au Mondial 1982
Le 16 juin, la sélection allemande aborde la rencontre avec une nonchalance presque insultante. Elle en paiera le prix. Chaabane Merzekane, impérial sur son côté, porte une équipe algérienne pleine d’audace technique que les champions d’Europe ne savent pas contenir.
Rabah Madjer ouvre le score à la 54e minute. Rummenigge égalise treize minutes plus tard, mais Lakhdar Belloumi redonne l’avantage aux siens dans la foulée, un avantage 2-1 que l’Algérie conserve jusqu’au coup de sifflet final. Une première historique : jamais une équipe africaine n’avait battu une nation européenne en Coupe du monde.
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L’onde de choc traverse l’Europe. En Algérie, c’est l’explosion de joie. L’euphorie a cependant un prix. Lessivée émotionnellement, l’Algérie s’effondre lors de son deuxième match et s’incline 2-0 contre l’Autriche. Elle se reprend toutefois le 24 juin, jour symbolique du 20e anniversaire de son indépendance, en arrachant une victoire 3-2 contre le Chili à Oviedo. Ce succès la place provisoirement aux portes des huitièmes de finale, deux points devant l’Allemagne de l’Ouest, troisième du groupe.
C’est quoi le “match de la honte” entre la RFA et l’Autriche ?
Le scénario semblait écrit pour un conte algérien et africain. Il a viré au cauchemar dès le lendemain.
Le 25 juin, à Gijon, l’Allemagne de l’Ouest affronte l’Autriche pour le dernier match du groupe – disputé, comme c’était alors la norme, un jour après celui de l’Algérie. Un seul scénario arrange les deux voisins : une victoire allemande étroite, par un ou deux buts d’écart, qui qualifierait les deux équipes germanophones au détriment des Algériens.
Horst Hrubesch inscrit l’unique but de la rencontre dès la 8e minute. Et c’est précisément à cet instant que tout s’arrête. Le score leur convenant parfaitement à tous les deux, Allemands et Autrichiens cessent de jouer le moindre football offensif et se contentent de faire circuler le ballon sans la moindre velléité offensive, pendant plus de quatre-vingts minutes.
Le capitaine allemand Karl Heinz Rummenigge, et son homologue autrichien Erich Obermayer avant le “match de la honte”. Crédits photo : OrangeCreek / Icon Sport
Le stade de Gijon explose de colère. Les tribunes scandent « Fuera, fuera » (“Dégagez, dégagez !“), des spectateurs brandissent des billets de banque pour dénoncer une supposée corruption. À la télévision, les commentateurs des deux pays concernés expriment un malaise inédit : l’Allemand Eberhard Stanjek lâche : “On ne peut pas appeler ça du football. Ça n’a rien à voir avec un match de Coupe du monde. Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais la fin ne justifie pas de tels moyens“. Puis il décide d’exprimer sa désapprobation en ne prononçant plus un mot jusqu’au coup de sifflet final.
Rien n’y fait. L’arbitre écossais Bob Valentine siffle la fin d’un match qui n’en était plus un, entérinant la qualification des deux équipes et l’élimination de l’Algérie.
L’Algérie lésée, la FIFA change ses règles
Le plus frappant dans cet épisode reste l’absence totale de repentir. Quand des supporters en colère se massent devant l’hôtel de la sélection allemande, les joueurs leur répondent par des bombes à eau lancées depuis leurs balcons.
Côté autrichien, le chef de délégation Hans Tschak signe l’une des déclarations les plus ouvertement racistes de l’histoire du football : “Bien sûr que le match a été tactique aujourd’hui, mais si 10 000 ‘fils du désert’ dans le stade veulent déclencher un scandale à cause de ça, cela prouve juste qu’ils ont trop peu d’écoles chez eux“. Lothar Matthäus résume la philosophie du soir d’une phrase glaçante : “Nous nous sommes qualifiés, c’est tout ce qui compte“.
Hilarant, une équipe de Lakhdar Belloumi débarque de 1982 pour se venger de l’Autriche 🤣 pic.twitter.com/Hlycb8NhwA
— DZfoot (@DZfoot) June 24, 2026
L’Algérie dépose un recours, réclamant notamment que le match soit rejoué. La FIFA refuse. Mais l’instance, submergée de protestations dans le monde entier, finit par agir sur le fond du problème : dès l’édition suivante, en 1986, les ultimes rencontres de chaque groupe seront systématiquement programmées à la même heure, rendant impossible la répétition d’un tel arrangement.
De son côté, l’Allemagne de l’Ouest traversea la tempête médiatique et se hissa malgré tout jusqu’à la finale du Mondial où l’Italie la domina 3-1. Une sanction sportive que beaucoup interpréteront comme une forme de justice rétroactive pour le « pacte de non-agression de Gijón ».

