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Bénéficiant pour la première fois de dix sélections en Coupe du monde, l’Afrique a accompli le tour de forcer d’en qualifier neuf d’entre elles en seizièmes de finale.
Le plateau de la phase à élimination directe de cette Coupe du monde 2026 fait la part belle aux représentants de la Confédération Africaine de Football (CAF). Sur les 32 équipes encore en course pour les seizièmes de finale, neuf sont issues du continent africain. Un contingent impressionnant, seulement devancé par l’ogre européen (13 représentants), mais qui surclasse la Conmebol (5), la Concacaf (3) et l’Asie (3).
Mieux, en termes de ratio, l’Afrique possède encore 90% de ses représentants, c’est mieux que la Conmebol (83%), l’UEFA (81%), sans parler de la Concacaf (50%), de l’Asie (22%) et de l’Océanie (0%) !
Cette razzia africaine est la conséquence directe du passage du tournoi de 32 à 48 équipes, un élargissement qui a permis à la CAF de quasiment doubler son quota, passant de cinq billets directs à neuf (plus un barragiste).
🌍 Continental representation at the World Cup knockout stage
ℹ️ Europe: 13/16 (81%)
ℹ️ 𝐀𝐅𝐑𝐈𝐂𝐀: 9/10 (90%) 🔥
ℹ️ Asia: 2/9 (22%)
ℹ️ South America: 5/6 (83%)
ℹ️ North America: 3/6 (50%)
ℹ️ Oceania: 0/1 (0%)Africa leading in efficiency with 90% of its teams through.… pic.twitter.com/frd3MufMnd
— Micky Jnr (@MickyJnr__) June 28, 2026
L’Afrique du Sud, le Maroc, la Côte d’Ivoire, la Tunisie, l’Égypte, le Cap-Vert, le Sénégal, l’Algérie, la RD Congo et le Ghana étaient les fiers porte-étendards du continent.
Seuls les Aigles de Carthage sont restés à quai dès le premier tour. Un zéro pointé (trois défaites) qui illustre la gestion chaotique de la fédération tunisienne, marquée par le limogeage de Sabri Lamouchi après une seule rencontre. Une instabilité qui a d’emblée plombé leurs chances dans un groupe particulièrement relevé (Suède, Japon, Pays-Bas), et ce, malgré l’arrivée en pompier de service du très expérimenté Hervé Renard.
Ce fiasco tunisien ne saurait toutefois éclipser le bilan historique du contingent africain, riche en épopées mémorables et en prestations abouties qui légitiment pleinement l’octroi de ces places supplémentaires.
Le programme des sélections africaines en 16es de finale :
- Afrique du Sud – Canada
- Pays-Bas – Maroc
- Belgique – Sénégal
- Côte d’Ivoire – Norvège
- Angleterre – RD Congo
- Argentine – Cap-Vert
- Australie – Égypte
- Suisse – Algérie
- Colombie – Ghana
Le Cap-Vert, le grand conte de fées du Mondial
Disputer sa première Coupe du monde quand on représente un archipel de 560 000 habitants relève déjà de l’anecdote savoureuse. Mais les Requins Bleus ne se sont pas contentés de faire de la figuration : ils ont mordu.
Versés dans un groupe comptant deux cadors, ils ont réussi l’exploit de finir invaincus. Après avoir accroché l’Espagne (0-0), l’un des grands favoris, d’entrée de jeu, ils ont offert l’un des matchs les plus emballants du tournoi face à l’Uruguay (2-2), avant de verrouiller un nouveau score nul et vierge contre l’Arabie Saoudite.
Le portier Vozinha, les tauliers de la charnière Diney Lopes et Pico Lopes (ce dernier ayant été convoqué via le réseau social LinkedIn !), ou encore le milieu Kevin Lenini, premier buteur de l’histoire du pays en Coupe du monde, ont conquis le cœur du public sud-américain. Une connexion facilitée par les liens culturels (telenovelas, musique, langue lusophone) partagés avec le Brésil.
Désormais, le Petit Poucet s’attaque à une montagne en seizièmes : l’Argentine, tenante du titre, emmenée par Lionel Messi, meilleur buteur de l’histoire des Mondiaux avec 19 réalisations. Une éventuelle élimination n’enlèverait rien à cette aventure qui marquera les générations futures. L’exploit cap-verdien est d’autant plus retentissant qu’il s’inscrit dans un élan global, voyant plusieurs de ses pairs atteindre enfin les matchs couperets après plusieurs tentatives infructueuses.
Plafond de verre brisé pour les Bafana Bafana, les Éléphants, les Pharaons et les Léopards
Dans le sillage du Cap-Vert, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, l’Égypte et la RD Congo ont franchi le cap des poules pour la toute première fois de leur histoire.
La qualification des Congolais revêt une dimension particulièrement symbolique. Pour leur grand retour sur la scène mondiale, 52 ans après le cauchemar de 1974 (trois défaites sous l’appellation Zaïre), cette performance offre une bouffée d’oxygène à un pays meurtri par des décennies de conflits sanglants dans sa région est. Après avoir tenu la dragée haute au Portugal (1-1), les Léopards ont imposé leur loi à l’Ouzbékistan avant d’arracher leur billet au forceps en renversant la vapeur (victoire 3-1). Les scènes de liesse au pays ont rappelé l’importance de représenter dignement le peuple congolais dans cette période trouble.
Autre remontada marquante : celle de l’Afrique du Sud. Les Bafana Bafana avaient pourtant pris l’eau d’entrée face au Mexique, pays hôte (0-2), et l’addition aurait pu être bien plus salée. Alors qu’on pensait leur tournoi ruiné, ils ont su corriger le tir en accrochant un précieux nul face à la Tchéquie, avant de s’offrir une victoire amplement méritée contre la Corée du Sud.
De leur côté, l’Égypte et la Côte d’Ivoire ont fait preuve de plus de maîtrise. Sans trembler, les Pharaons ont muselé la Belgique lors de leur entrée en lice, avant de signer le premier succès de leur histoire dans la compétition face à la Nouvelle-Zélande, sous l’impulsion de leur maître à jouer, Mohamed Salah. Le match nul face à l’Iran a fait le reste pour verrouiller la deuxième place du groupe G.
Côté ivoirien, cette phase de poules a consacré l’éclosion de la nouvelle génération dorée, portée par le jeune Yan Diomande (19 ans) et l’expérimenté Nicolas Pépé. Le minot a dynamité les couloirs lors des victoires contre l’Équateur et Curaçao, et même lors du revers concédé dans les ultimes minutes face à l’Allemagne, un match où les Éléphants auraient mérité un meilleur sort. Pépé, quant à lui, s’est fendu d’un doublé face au Curaçao.
Le Maroc en patron, le Sénégal en embuscade
À l’inverse des néophytes à ce stade de la compétition, le Maroc a tenu son rang, confortant son statut de véritable locomotive du football africain.
Forts de leur demi-finale historique lors de la précédente édition, les Lions de l’Atlas ont affiché leurs certitudes en accrochant le Brésil, qu’ils ont même copieusement dominé pendant une demi-heure. Les victoires probantes face à l’Écosse et Haïti n’ont été qu’une formalité. Le tirage leur a toutefois réservé un morceau de choix pour les 16es : des Pays-Bas qui développent l’un des footballs les plus réguliers du tournoi jusqu’à présent.
Senegal have a new historic entry. 🇸🇳🌟
The first African nation to score five goals in a #FIFAWorldCup match. pic.twitter.com/UeLCRFx4se
— CAF (@CAF_Online) June 26, 2026
Le Sénégal, finaliste et récent vainqueur de la CAN face à ces mêmes Marocains suite à la décision de la CAF, a dû batailler pour s’extraire d’un groupe piège (France, Norvège, Irak). Les Lions de la Teranga sont passés in extremis en tant que meilleurs troisièmes, portés par un festival offensif lors de l’ultime journée et de grosses individualités. Une qualification arrachée malgré le climat délétère instauré par la fédération (retards de salaires et failles logistiques). Face à une Belgique vacillante, et avec la perspective de croiser les États-Unis ou la Bosnie-Herzégovine en cas de huitième de finale, les Sénégalais ont tout de l’outsider poil à gratter de ce Mondial.
Le Ghana et l’Algérie ont également décroché leur sésame via la troisième place, mais sans éclabousser la compétition de leur talent, que ce soit collectivement ou individuellement. Sous la houlette de Carlos Queiroz, les Black Stars ont misé sur un bloc bas rugueux pour faire déjouer leurs adversaires, à l’image de leur solide prestation face à l’armada anglaise. Une tactique attentiste qu’ils devraient reconduire pour tenter d’enrayer la machine colombienne.
Quant aux Fennecs, dotés d’un effectif intrinsèquement doué et taillé pour produire du jeu, ils n’ont pas encore pleinement assumé les attentes placées en eux avant le tournoi. Mais leur seizième de finale face à la Suisse s’annonce, sur le papier, légèrement plus abordable que les affiches de leurs homologues continentaux.
Ce tir groupé historique tord définitivement le cou aux clichés réducteurs qui voudraient que les sélections africaines se cantonnent à un défi athlétique ou fassent preuve de naïveté tactique. Elles ont prouvé, chacune avec leurs armes, qu’elles figuraient parmi les meilleures nations du monde.
S’il est vrai que sur les neuf qualifiés, seule l’Égypte endossera le costume de favori pour son match (contre l’Australie), toutes les autres devront se surpasser pour rallier les huitièmes. Mais quoi qu’il advienne, ce Mondial 2026 restera gravé dans le marbre pour le football africain.


