
« On a raté nos chances. Ils ont profité des leurs. »
Mis à jour hier à 23 h 50
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Nous aurions pu éteindre nos enregistreuses et quitter le vestiaire juste là. Lane Hutson, dans un moment de grande sagesse, venait de résumer en quelques secondes le match auquel nous venions d’assister.
Une défaite de 4-2 aux mains des Capitals de Washington n’est pas gênante en tant que telle. Or, quand on sait que le Canadien menait 2-0 après la première période, et en plus qu’il a raté quatre (quatre !) échappées au cours de la seule troisième période, on ne peut que conclure que ç’aurait pu, et dû, se conclure autrement.
Les locaux étaient en avance 2-1 en début de troisième lorsque Jayden Struble et Josh Anderson se sont échappés. Logan Thompson a fait l’arrêt dans les deux cas. Les visiteurs ont nivelé la marque. Puis Nick Suzuki et Brendan Gallagher ont aussi eu droit à un tête-à-tête avec le gardien. Deux autres arrêts. Les Capitals, eux, n’ont pas eu besoin de chances aussi nettes ; ils ont néanmoins inscrit deux buts et quitté l’amphithéâtre avec deux points.
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Nick Suzuki (14)
C’est ce qui a fait la différence dans ce match. On doit trouver une manière de marquer ces buts.
Nick Suzuki
« On ne s’est pas dégonflés, a nuancé Kaiden Guhle. On a eu nos chances, on n’a juste pas capitalisé. C’est frustrant. »
Martin St-Louis, lui, était déçu d’avoir vu ses hommes être « incapables de mettre le clou dans le cercueil ». Néanmoins, « les intentions étaient bonnes », a-t-il insisté, avant d’ajouter : « J’aime ce que j’ai vu de mon groupe. »
Il a toutefois souligné la difficulté de sa troupe à se « séparer » de ses adversaires lorsque le pointage est égal ou lorsque le CH est en avance. C’est en effet le thème qui résume le mieux la semaine chargée qui se termine. Contre les Islanders de New York, mardi, les Montréalais ont perdu une avance de 1-0 et ont eu besoin de la prolongation pour l’emporter. Jeudi, contre des Predators de Nashville en complète déroute, Samuel Montembeault a dû faire des tours de magie pour protéger le mince coussin d’un but, qui a enfin été doublé en troisième période.
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Samuel Montembeault (35)
St-Louis n’a pas semblé se formaliser de cette tendance des derniers jours, mettant l’accent sur le fait que ses joueurs avaient offert une opposition honnête aux Capitals, l’un des meilleurs clubs de la LNH. « Je pense que la leçon, c’est que tu te lèves demain et tu continues, parce qu’on a fait de bonnes choses. »
Sur le même thème, il a trouvé que le Tricolore avait été plus imprudent contre les Predators que contre les Caps. « Quand on joue contre de bonnes équipes comme ça et qu’on amène cette game-là, on va être dans le match. Mais on a manqué de finition pour se séparer et fermer [les livres]. »
Attaque timide
Le manque de finition fait partie de l’histoire – en tout cas de celle de samedi –, mais il n’explique pas tout.
Avec le retour de Patrik Laine, on a souligné à gros traits l’équilibre qui semble s’être installé sur les quatre unités offensives. Le trio de Nick Suzuki fait certainement sa part, même si Alex Newhook, malgré son but contre les Caps, est loin de son rythme de la saison dernière.
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Patrik Laine (92)
Derrière le premier trio, c’est plus discret récemment. La combinaison de Laine, Kirby Dach et Juraj Slafkovsky a connu son meilleur match jusqu’ici, mais la chimie n’est pas encore installée. Christian Dvorak, Josh Anderson et Brendan Gallagher sont constamment visibles, mais ils n’ont, à ce jour, généré que trois buts en quelque 105 minutes de réunion à cinq contre cinq. Pour Jake Evans, Joel Armia et Emil Heineman, qui ont connu un match feutré samedi par ailleurs, on parle de deux buts en 52 minutes.
On a beaucoup, beaucoup parlé du jeu défensif, depuis le début de la campagne, et pour cause. Mais l’attaque, l’une des grandes faiblesses du club la saison dernière, est encore timide.
De fait, après 27 matchs, le CH marque à une cadence légèrement plus basse (2,78 buts par match) que pour l’ensemble de 2023-2024 (2,83). La baisse est plus nette à cinq contre cinq, où l’on est passé de 2,44 à 2,28 buts par tranche de 60 minutes. En contrepartie, l’avantage numérique est meilleur, mais là non plus, on ne peut pas encore dire mission accomplie.
Samedi, les échappées ratées ont marqué l’imaginaire. Mais en retranchant les quatre tirs qui en ont découlé, le Canadien n’a cadré que trois lancers à cinq contre cinq en deuxième et en troisième période.
À ce point, ce n’est plus seulement une question de finition.
Dans le détail
Tom Wilson, guerrier et Chipmunk
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Tom Wilson (43)
Après Alvin, Simon et Theodore, les Chipmunks ont trouvé un quatrième membre : Tom. C’est du moins ce que disait Pierre-Luc Dubois, à la blague, en voyant la joue gauche hyper enflée de Tom Wilson. On aurait aussi accepté une référence à Glenn Quagmire dans Family Guy. Wilson a en effet reçu un tir des poignets de Jakob Chychrun en pleine tronche ; il a aussitôt retraité au vestiaire, mais n’a finalement manqué qu’une présence. Il faut dire qu’en bon scout, il s’est laissé une trace à suivre pour retrouver son chemin : seulement, c’était des gouttes de sang plutôt que des cailloux. « Sur le coup, je sentais que mon visage tombait en morceaux. Mais dans le vestiaire, je me suis calmé, j’ai parlé au soigneur. On m’a toujours dit, quand j’étais petit, que si tu peux jouer, tu joues. On a fait quelques tests et j’étais correct. […] Je ne serai pas trop beau demain matin ! » Il était plus que correct puisqu’il a inscrit deux buts, dont celui de la victoire. Ses coéquipiers étaient évidemment admiratifs. « Je pensais qu’il avait la mâchoire fracturée. Chychrun a peut-être le tir des poignets le plus puissant ! a noté Dylan Strome. Il fait tout pour nous : il joue en avantage numérique, en désavantage, il marque des buts, il frappe, il bloque des tirs. » Même ceux de ses coéquipiers !
Le gardien que Hockey Canada ne regardait pas
Ceux qui pensaient que Logan Thompson faisait partie des options comme troisième gardien d’Équipe Canada à la Confrontation des quatre nations doivent se raviser. C’est dimanche que Samuel Montembeault a reçu l’appel lui confirmant sa place. À ce moment, Thompson montrait une fiche de 10-1-1, une moyenne de 2,56 et son efficacité de ,911 depuis le début de la saison. Ce n’était toutefois pas assez pour avoir même l’attention des dirigeants de l’équipe. « Il y avait beaucoup de bruit, mais c’était surtout dans les médias. Hockey Canada ne m’a jamais même contacté, donc je savais que je n’étais pas sur leur liste, a indiqué Thompson. Mais je vais quand même les encourager, j’espère que Monty (Samuel Montembeault) va connaître du succès, Binner (Jordan Binnington) et Hilly (Adin Hill) aussi. » S’il a plus ou moins bien paru sur le premier but du CH, Thompson s’est ressaisi en bloquant les maintenant légendaires quatre échappées de la troisième période. « Moi, je suis comme : mais qu’est-ce qu’on fait ?, a raconté l’entraîneur-chef des Capitals, Spencer Carbery. Mais les gars au banc sont galvanisés, il se bat pour eux et ils se disent : ok, il faut aller l’aider. Malheureusement, ça en a pris quatre pour que ça fonctionne ! »
L’éclosion d’un géant
Aliaksei Protas n’était peut-être pas le nom le plus populaire dans les pools de hockey, mais c’est en train de changer. Le géant de 6 pi 6 et 225 lb a ajouté deux passes à sa fiche et compte maintenant 24 points (9 buts, 15 passes) en 27 matchs. C’est certainement au-delà des attentes pour un ailier réclamé au 91e rang au repêchage de 2019. Ses deux passes samedi n’ont pas été glanées par chance. Sur le premier but de Tom Wilson, il a profité de l’inexplicable chute de Kaiden Guhle pour le déborder et obtenir un tir du revers, dont le retour a permis à Wilson de marquer. Sur l’autre filet de Wilson, son anticipation lui a permis de se ruer rapidement vers David Savard avant que ce dernier reçoive la rondelle, et ainsi provoquer le revirement. En l’absence d’Alexander Ovechkin, il fait partie de ceux qui couvrent le manque à gagner.
Guillaume Lefrançois, La Presse


