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Co-organisée par les Etats-Unis de Donald Trump, la Coupe du monde 2026 va s’ouvrir dans un climat nauséabond.
Un arbitre retenu par la FIFA recalé à son arrivée sur le sol américain à 72 heures du match d’ouverture au motif que le président des Etats-Unis, qui a qualifié son pays “d’arriéré”, l’a placé sur son interminable liste noire des pays interdits.
Cette mésaventure à peine croyable, c’est celle qui vient d’arriver à l’arbitre somalien Omar Artan, désigné arbitre africain de l’année lors des CAF Awards en novembre dernier à Rabat. Prêt à tout pour diriger son premier Mondial, l’officiel était pourtant parvenu à obtenir un passeport diplomatique somalien. Mais cela n’a pas suffi à faire plier l’administration américaine, qui a justifié sa décision par l’impossibilité de vérifier les “antécédents” de l’officiel. Allez savoir ce qui aurait bien pu se cacher dans le sifflet du Somalien, dont Trump avait déjà qualifié les compatriotes de “déchets” il y a quelques mois…
Interrogatoire, détecteurs de métaux… Les joueurs traités comme des voyous !
Le capitaine irakien, Aymen Hussein, lui, a réussi à passer l’étape du contrôle de sécurité. Mais ce ne fut pas sans difficulté : d’après la presse irakienne, l’attaquant a en effet été interrogé par les autorités américaines pendant près de sept heures au moment de son arrivée à Chicago. Avoir un père militaire tué par l’État islamique et un frère enlevé par Daesh ne suffisait visiblement pas à le placer au-dessus de tout soupçon.
Ouf ! Les contrôles de routine ont aussi été franchis par la sélection du Sénégal et celle de l’Ouzbékistan, qui ont toutes deux passé avec succès l’examen au détecteur de métaux qui leur a été imposé. Au terme d’une scène qu’on pensait réservée au commun des mortels, voire à des malfrats, et qui relève de l’ubuesque pour des joueurs professionnels et internationaux…
🇺🇸⚡️ Des contrôles très poussés des douanes américaines font polémique, c’est notamment le cas du Sénégal, mais aussi de l »Ouzbékistan.
🤔 Ici, les Lions de la Teranga, futurs adversaires des Bleus, ont été contrôlés à leur sortie de l’avion par le Bureau des douanes et de la… pic.twitter.com/lGOk2yQ7nD
— RMC Sport (@RMCsport) June 9, 2026
Mais qu’elles s’estiment heureuses : au moins, ces deux sélections auront le droit d’avoir des supporters dans les stades. Et tout le monde n’aura pas cette chance. Mardi, la Fédération iranienne a dénoncé une basse manœuvre des autorités américaines qui auraient décidé de retirer au dernier moment le quota de 8% des billets qui revenait de droit à la team Melli, comme à chacun des pays participants.
La fête… sans les supporters
Une polémique qui nous rappelle que certains pays, comme Haïti, ne pourront pas compter sur le moindre supporter venu de l’extérieur en raison de leur inscription sur la liste noire de Trump. Et on ne parlera même pas de ces pauvres fans écossais recalés sans explications après avoir effectué leurs réservations au motif que leur demande d’ESTA (Electronic System for Travel Authorization), un système de visa simplifié, était finalement refusée…
Alors, évidemment, le football africain et ses Coupes d’Afrique des nations a connu son lot de scandales extrasportifs largement relayés et n’est pas forcément le mieux placé pour jouer les donneurs de leçons. Mais, voir de telles absurdités, que certaines républiques bananières n’auraient même pas osé commettre, effectuées en mondovision, juste avant un événement planétaire et par la superpuissance américaine a forcément de quoi choquer.
Le soutien inexistant de la FIFA pour Artan
Mais le pire se trouve peut-être ailleurs… En effet, comment omettre que tous ces actes se déroulent avec le silence complice de la FIFA. Qu’est-ce que l’instance dirigeante du ballon rond a trouvé à dire quand Artan a été refoulé ? Un communiqué laconique : “La FIFA n’intervient pas dans les procédures d’immigration du pays hôte, y compris dans l’octroi des visas“. Merci, au revoir…
L’arbitre somalien Omar Artan. Crédit photo : IconSport
Qu’il semble loin le temps où le président de la FIFA, Gianni Infantino, jurait : “Il est évident que, lorsqu’il s’agit des compétitions de la FIFA, toute équipe, y compris les supporters et les officiels de cette équipe qui se qualifient pour une Coupe du monde, doit avoir accès au pays, sinon il n’y aura pas de Coupe du monde.” (Morning Star Online, 2017).
Depuis, malgré ses beaux discours, tout ce que le dirigeant a obtenu de l’administration Trump, ce sont des inflexions assez minimes, comme la suppression de la caution pouvant aller jusqu’à 15 000 dollars que les supporters venus d’Algérie, de Tunisie, du Sénégal, du Cap-Vert et de Côte d’Ivoire devaient s’acquitter à leur arrivée en Amérique. Une décision qui « démontre une nouvelle fois notre collaboration continue avec le gouvernement des Etats-Unis et le groupe de travail de la Maison Blanche pour la Coupe du monde », se pavanait la FIFA en mai.
La FIFA et sa poule aux œufs d’or
Comme souvent, la FIFA cherche surtout à assurer son principal intérêt – économique – en ne veillant à froisser personne, et surtout pas le puissant pays-hôte. Du moment que sa poule aux œufs d’or n’est pas menacée… D’ailleurs, comment réagirait la FIFA si les autorités américaines changeaient d’avis et décidaient de recaler la sélection de RD Congo à son arrivée, en arguant par exemple que le protocole sanitaire imposé en raison du virus Ebola n’a pas été respecté ?
L’instance dirigeante se contenterait-elle du même communiqué laconique que pour Artan ? Ou déciderait-elle de s’activer enfin à cause du manque à gagner que risquerait d’engendrer l’annulation de trois matchs de la phase de groupes ? On aimerait beaucoup connaître la réponse, mais on espère évidemment pour nos amis léopards qu’il ne faudra pas en arriver à de telles extrémités !


