Illustration IA — ÉLOQUENCE / africatopsports.com
Il y a ceux qui voient le chiffre quarante-huit comme une dilution. Douze groupes de quatre, trente-deux qualifiés pour le premier tour à élimination directe, cent quatre matchs au total — trente-deux de plus que le dernier Mondial à trente-deux équipes. Pour les puristes, le football perd en intensité ce qu’il gagne en inclusivité.
Et il y a ceux — dont je suis, et je l’assume — qui voient quarante-huit comme le chiffre de l’avenir. Un football mondial qui cesse d’être une collection de privilégiés pour devenir une carte presque complète. Et pour l’Afrique, ce format nouveau a déjà changé la donne avant même qu’un ballon ne soit frappé.
La mécanique d’un tournoi repensé
Commençons par les bases, pour ceux qui n’ont pas suivi les débats des quatre dernières années. La Coupe du Monde 2026 est organisée par trois pays — États-Unis, Canada, Mexique — sur seize stades répartis de Vancouver à Mexico. Cent quatre matchs, trente-neuf jours de compétition.
Le format ?
- **Phase de groupes** : douze groupes de quatre, soit soixante-douze matchs. Chaque équipe joue trois rencontres minimum — fini le spectre des groupes de trois où une équipe pouvait être éliminée après deux matchs.
- **Qualification pour les huitièmes de finale** : les deux premiers de chaque groupe (vingt-quatre équipes) **plus les huit meilleurs troisièmes**. Un total de trente-deux nations au premier tour à élimination directe.
- **Un round supplémentaire** : un seizième de finale, ou Ro32 dans le jargon, qui n’existait pas avec le format à trente-deux équipes. Le vainqueur doit désormais gagner huit matchs au lieu de sept.
Le champion du monde jouera huit matchs. C’est une révolution dans la gestion de l’effort, dans la profondeur d’effectif nécessaire, dans la planification médicale. Les équipes avec un banc solide sont avantagées — et c’est là que l’Afrique peut surprendre.
Ce que dix équipes changent vraiment
Dix sélections africaines. Ce n’est pas un chiffre magique tombé du ciel. C’est le résultat direct des neuf places réservées à la CAF telles que la FIFA les a reparties pour ce nouveau format, auxquelles s’ajoute la victoire de la RD Congo en barrage intercontinental. En 2022, l’Afrique avait cinq places directes. En 2026, elle en a presque le double.
La conséquence immédiate, c’est que le repêchage des meilleurs troisièmes devient un outil concret pour les nations africaines. Avec douze groupes, et huit troisièmes qualifiés sur douze, une équipe qui perd son premier match mais gagne le deuxième — comme le Sénégal en 2018, comme le Ghana en 2022 — peut encore espérer. Le format à quarante-huit transforme la phase de groupes : on n’est plus éliminé après une défaite inaugurale.
Prenons le cas du Maroc : s’il perd face au Brésil ce 13 juin, son Mondial n’est pas fini. Il reste Haïti et l’Écosse. Deux matchs pour six points potentiels, et une place parmi les meilleurs troisièmes à portée.
La RD Congo, elle, joue sur un fil — mais un fil plus épais qu’en 1974. Battre l’Ouzbékistan, accrocher la Colombie, et espérer.
La carte des chances
Où sont les opportunités réelles pour les dix sélections africaines ?
Les groupes accessibles :
- **Groupe A** (Afrique du Sud) : le Mexique est favori, mais la Corée du Sud et la Tchéquie sont prenables. L’Afrique du Sud, même après sa défaite inaugurale, peut viser le deuxième barrage de qualification ou la place de meilleur troisième.
- **Groupe G** (Égypte) : Belgique favorite, mais Iran et Nouvelle-Zélande sont des adversaires que l’Égypte de Salah peut dominer.
- **Groupe L** (Ghana) : L’Angleterre et la Croatie sont au-dessus, mais le Panama est un match gagnable. Une victoire, un nul, et le Ghana peut être parmi les meilleurs troisièmes.
Les groupes ouverts mais difficiles :
- **Groupe E** (Côte d’Ivoire) : l’Allemagne, l’Équateur, Curaçao. Le choc face à l’Allemagne dira tout.
- **Groupe F** (Tunisie) : Pays-Bas, Suède, Japon. La Tunisie peut bousculer la Suède et le Japon.
- **Groupe I** (Sénégal) : France intouchable, mais Norvège et Irak sont prenables.
- **Groupe H** (Cap-Vert) : l’Espagne, l’Uruguay, l’Arabie Saoudite. Un outsider comme le Cap-Vert peut créer la surprise dans ce groupe.
Les groupes très relevés :
- **Groupe C** (Maroc) : Brésil, Écosse, Haïti. Le Brésil est immense, mais le Maroc est assez fort pour finir deuxième ou meilleur troisième.
- **Groupe J** (Algérie) : Argentine championne du monde, Autriche solide, Jordanie. Un des groupes les plus durs du tirage.
- **Groupe K** (RD Congo) : Portugal, Colombie, Ouzbékistan. Les Léopards jouent leur survie.
Le vrai test du format
Quarante-huit équipes, c’est un pari. Le pari que le football mondial est assez riche, assez compétitif, assez divers pour alimenter cent quatre matchs de qualité. La première semaine — du 11 au 18 juin — sera le premier indicateur. Si les matchs sont serrés, si les outsiders tiennent la dragée haute aux favoris, le pari est gagné. Si on assiste à une série de rencontres à sens unique, les critiques du format se déchaîneront.
L’Afrique a un rôle central dans cette démonstration. Dix équipes, c’est un échantillon suffisant pour prouver que le fossé se comble — ou pour confirmer qu’il reste immense. Les premiers signaux sont contrastés : l’Afrique du Sud a perdu contre le Mexique mais la défaite n’est pas une humiliation. Le Maroc affronte le Brésil ce soir. Le Sénégal se mesurera à la France dans trois jours. Chaque match est un test grandeur nature.
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*La Coupe du Monde à quarante-huit équipes ne sera pas jugée sur son nombre de participants, mais sur ce que ces participants en font. L’Afrique, avec dix nations sur la ligne de départ, a une opportunité historique de démontrer que l’élargissement de la compétition n’est pas une faveur accordée — c’est une justice rendue.*
*Reste à écrire la suite. Le ballon est sur le terrain. Les gradins sont pleins. Le monde regarde.*


